Récap septembre 2017




Barney Norris - Five rivers meet on a wooded plain (Doubleday-2016)
Dans une petite ville du nord de l’Angleterre, un soir, un automobiliste renverse une cyclomotoriste. Cet accident va impliquer cinq personnes, victimes ou témoins, qui se connaissent plus ou moins bien. De vue, en s’étant déjà croisés dans les rues du village; ou de réputation, par le bouche-à-oreille. Cinq destins, a priori différents, mais qui tous portent en eux une réelle souffrance, s’interrogent sur le sens de leur existence… et tous viscéralement attachés à la vie.
L’un après l’autre, l’auteur va nous les montrer s’arranger comme ils peuvent avec le jeu qui leur a été distribué à la naissance, se démener avec les aléas et les drames de leur vie, ses joies parfois. Certains, pour améliorer leur main, tricheront et devront en gérer ensuite les conséquences…
Un superbe hymne à la vie d’une tristesse qui serre le cœur, d’une beauté à couper le souffle, qui laisse entrevoir une lueur d’espoir et redonne foi en l’humanité.
Un grand écriteur est né.
Extraits


Anna Hope - La salle de bal (Gallimard-2017)
Sous prétexte de « romance », Anna Hope retrace le quotidien des asiles psychiatriques du début du XXe siècle où était interné à tour de bras quiconque n’entrait pas dans les moules imposés par la société de l’époque, peu importe qu’on soit ou non sain d’esprit. Elle y évoque aussi la question de l’eugénisme, théorie en vogue à l’époque visant à éliminer les indigents, qui a séduit jusqu’à Churchill lui-même.
Malgré quelques faiblesses (facilités ?, dont une fin vite torchée et plutôt convenue), j’ai été emporté par cette histoire, l’évocation (que l’on devine rigoureusement documentée) des conditions de vie, plus ou moins arbitraires, dans ces établissements, la complexité des personnages en général, les bons comme les méchants. Mention spéciale pour le personnage de Clem qui emporte tous mes suffrages.
Si j’en crois les blogs, il va falloir que je lise le premier roman d’Anna Hope, Le chagrin des vivants.
Extraits


Françoise Sagan - La femme fardée (Stock-2011)
Changement de programme de dernière minute pour les vacances. Le séjour sur la côte d’Opale s’est transformé en vol (épique !) vers les îles du Dodécanèse. Je ne vais pas m’en plaindre, mais qui dit avion, dit restriction du poids des bagages. J’ai donc dû sacrifier les livres papier en retard que je comptais entasser dans la voiture pour ma liseuse (les seules Chroniques de Françoise Sagan pèsent 450 grammes !). Et comme je ne voulais pas faire un trait sur mes retrouvailles avec Sagan, j’ai choisi un des titres qui s’y trouvaient répertoriés.
Dans La Femme fardée, les riches (vrais et faux) qu’elle coince sur un paquebot le temps d’une croisière musicale de luxe ont vite fait de s’ennuyer dans leur prison dorée flottante. Malgré les intrigues amoureuses qui s’y nouent et les drames qui s’y jouent, la croisière ne s’amuse pas beaucoup.
Ces jeux de l’amour et du hasard sont pour Sagan prétexte (un peu trop long à mon goût) à satire sociale, dénonçant le jeu des apparences et les travers des nantis et des parvenus. Je préfère de loin cette Sagan-là, caustique, incisive mais toujours élégante, à la Sagan qui s’essaie à l’humour. Comme dans Les Faux-fuyants, j’ai trouvé ces passages généralement lourdingues, à la limite du guignol (je veux bien que la diva qui écorne sans cesse le nom du capitaine du paquebot soit un hommage à Hergé mais c’est à la limite du plagiat).
Extraits


François Rivière & Nicolas Perge - Agatha es-tu là ? (Le Masque-2017)
En décembre 1926, alors qu’elle vient de publier Le meurtre de Roger Ackroyd, Agatha Christie se volatilise pendant une dizaine de jours. Coup de pub pour faire grimper les ventes, amnésie passagère due à ses problèmes de couple, vengeance envers son mari volage… Cet épisode n’a cessé d’alimenter les fantasmes d’autant qu’elle a emporté son secret dans la tombe.
François Rivière, spécialiste d’Agatha Christie, et Nicolas Perge ont revisité l’affaire sous l’angle d’une enquête policière menée par le créateur de Sherlock Holmes himself : Arthur Conan Doyle.
Lecture anecdotique, poussive même, par moments, qui ferait passer Les petits Meurtres d’Agatha Christie pour du Bergman. J’espère que Brigitte Kernel et Frédérique Deghelt, qui se sont emparées récemment de ce fait-divers, ont été plus inspirées…
À souligner, au passage, une coquille maousse costaude dans ma version epub : « La pensée de rester deux jours encore dans ce trou perdu l’angoissait au plus au [sic] point. »


Rebecca Lee - Bobcat and other stories (Algonquin-2013)
Dîner entre amis à Manhattan, devoir de fac plagié, conseil de discipline universitaire, retraite chez un architecte célèbre, dépression, amour à la dérive, fossé culturel… Au cœur des sept tranches de vie de ce recueil, à la fois différentes et très proches dans leur obsession, des situations a priori banales qui vont mettre en évidence les pièges des relations humaines, du couple, du langage…
Un style impeccable, des dialogues incisifs qui sonnent justes. C’est doux-amer, parfois drôle, toujours très bon.
Extraits


Garrard Conley - Boy Erased A memoir (Riverhead-2016)
Fils unique né dans une famille baptiste ultra-religieuse, l’auteur relate ses quelques jours passés dans un séminaire du mouvement controversé ex-gay, censé le guérir de son homosexualité.
Récit percutant d’une difficile et douloureuse acceptation de soi, d’un dur combat contre l’intolérance (de sa famille, de sa communauté ultra-conservatrice, de ses « thérapeutes »).
Les méthodes employées font froid dans le dos mais jamais Conley n’exprime de rancœur ou de ressentiment, au contraire. Le portrait qu’il fait de sa mère est poignant. L’amour qu’elle porte à son fils la conduira aux pires extrémités pour « son bien » mais elle sera suffisamment aimante pour mettre de côté ses croyances religieuses et faire machine arrière à temps.
Édifiant et bouleversant à plus d’un titre.
Extraits


Yves Ravey - Trois jours chez ma tante (Minuit-2017)
Une vieille tante fortunée décide du jour au lendemain de couper les vivres à son neveu qui ne vit que grâce à ses largesses.
Si le pitch m’avait séduit, j’ai trouvé l’histoire plutôt convenue, le style plat (propre de l’écriture minimaliste, probablement) même si j’ai apprécié l'ambiguïté entretenue des personnages dont la nature réelle des intentions apparaît au fur et à mesure du récit. Ce flou incite à vouloir en en savoir plus, malheureusement, l’intrigue, elle, semble délayée dans une sorte de faux suspens qui n’en finit pas de finir.


Éric Romand - Mon père, ma mère et Sheila (Stock-2017)
Une enfance seventies dans une famille française modeste avec tout ce que cela suppose d’étroitesse d’esprit, de préjugés et formules à l’emporte-pièce érigées comme autant de credo et de leçons de vie.
Un gamin effacé, solitaire, qui préfère habiller les poupées de sa sœur que d’aller jouer au foot avec les autres garçons. Son rayon de soleil, son « amie cathodique », c’est Sheila dont il guette chaque apparition dans les émissions de variétés à la télé. La grosse partie de sa cagnotte passe dans les 45 tours de son idole qu’il écoute sans fin sur son mange-disques…
À maints égards, ce gamin, c’était moi ; cette famille, c’était la mienne (les drames conjugaux en moins). J’ai lu cette collection de pastilles vintage avec nostalgie, comme j’aurais feuilleté un album-photos familial aux couleurs passées.
La succession de souvenirs aurait pu n’être qu’anecdotique. Mais sous un style faussement banal, il suffit d’une remarque, d’un seul mot parfois, pour que d’anodin le propos se fasse mordant, ironique ou tendre. Car en dépit de tout, l’auteur témoigne aussi de son amour pour ses parents.
Extraits


Collectif - Revue America #01 (mars 2017)
Alors que le numéro 3 de la revue America vient de paraître, je termine tout juste le premier numéro sorti au premier trimestre.
Ce n'est pas que le contenu manque d'intérêt, loin de là, mais comme ce fut déjà le cas avec la revue Feuilleton, je me sens obligé malgré moi de lire de la première à la dernière page (même si ici, j'ai un peu triché en zappant le premier chapitre du nouvel McInerney, Les Jours enfuis, et l'extrait bilingue de Moby Dick). Donc forcément, ça prend du temps sur mon temps général de lecture...

Commentaires

  1. Voilà j'ai retrouvé Yves Ravey. Oui, écriture minimaliste. Avec juste 200 pages, cela se lit bien. L'ambiguité est parfaite. Reste le problème de l'enveloppe ^_^

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    1. Oui, tout aurait été tellement plus simple s'il avait eu la présence d'esprit de s'en débarrasser dès le départ. En même temps, il n'y aurait pas eu de livre, mais bon...
      Si tu es arrivée jusqu'ici, c'est certainement signe que l'outil de recherche ne fonctionne pas trop mal... (et que mes tags ne sont pas trop pourris) ;-)

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