No House to Call My Home, Ryan Berg


Selon The Williams Institute d'UCLA, 40 % des jeunes vivant dans la rue seraient LGBT (Lesbian Gay Bi Trans). Ils représenteraient ainsi près de  10 % de la population totale des sans domicile fixe aux États-Unis.
Pendant plusieurs années, Ryan Berg a travaillé comme éducateur à New York, au 401 et à Keap Street, deux centres d'hébergement pour les jeunes LGBT se retrouvant à la rue, souvent mis à la porte de chez eux par leur propre famille lorsqu’elle découvre leur homosexualité.

Ce comportement qu'il m’est difficile de comprendre de la part de parents (et il s’en trouve encore pour prétendre qu’une famille hétérosexuelle est le seul garant du bien-être d’un enfant!!!) n'est pas moins courant en France où l’association Le Refuge vient en aide depuis 15 ans aux jeunes LBGT livrés à eux-mêmes.
Je n’irai pas jusqu'à dire que les histoires de Ryan Berg sur ces jeunes homos/trans me sont familières, mais mon chéri étant bénévole dans l’une des antennes du Refuge, elles reviennent souvent dans nos discussions.
Dans leur globalité, les garçons et filles du récit de Berg (qui se lit comme un roman) sont peu différents de ceux dont j’entends parler à la maison. Ils ont beau être majeurs, ils sont incapables de se prendre en charge, de respecter le peu de règles nécessaires à la vie en communauté. Comment espérer qu'ils puissent reprendre les cours ou trouver un boulot quand la plupart n'est même pas capable de se lever le matin, ou que leurs premières préoccupations de la journée sont de savoir quelle tenue ils vont choisir et où ils iront faire le fête en soirée ?

Confronté à leur désinvolture et à leur impertinence, le lecteur peut être tenté de refermer le livre et d'arrêter les frais, comme les travailleurs sociaux et les bénévoles sur le terrain manquent parfois de jeter l’éponge et les laisser se débrouiller puisqu’ils ne manifestent pas une once de gratitude pour les efforts déployés pour les sortir de la galère et les accompagner au mieux dans toutes leurs démarches.

Mais sans angélisme Berg, par son expérience et en retraçant le parcours chaotique de quelques jeunes, parvient à faire comprendre leur colère, à transmettre leur détresse, à décrypter leurs provocations. Avec humilité et sensibilité, il partage en toute honnêteté ses instants de découragement, ses frustrations, mais aussi ses motifs de satisfaction, ses élans d’euphorie...
Il dénonce aussi au passage les lourdeurs d’une administration souvent contre-productive, voire absurde, qui considère ces jeunes comme des numéros de dossiers plutôt que comme des individus à part entière, au parcours singulier et douloureux.
Seul blanc de la structure, Berg ne cache rien des difficultés qu'il a rencontrées pour se faire respecter de ces jeunes, tous noirs et latinos issus de milieux très pauvres.

Une lecture souvent difficile, parfois révoltante, mais nécessaire pour ne pas oublier qu’en 2018 des jeunes se retrouvent à la rue du jour au lendemain à cause de leur sexualité et que le chemin est long et difficile jusqu’à leur réinsertion.

Extraits

Ryan Berg - No House to Call My Home - Love, family, and other transgressions
 (Nation Books, 2015)


Dans la vidéo ci-dessous réalisée en mai dernier pour les 15 ans du Refuge, des jeunes témoignent de comment l'association les a aidés à prendre un nouveau départ.

Commentaires

  1. J'imagine la difficulté qu'il peut y avoir à prendre du recul face à des comportements qu'on est tenté d'interpréter avec notre regard d'adulte. Se rappeler, toujours, qu'à l'adolescence, la perspective n'est pas la même, surtout si on est rejeté pour X raisons par X personnes.
    Chapeau aux bénévoles qui œuvrent pour eux.

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    1. C'est vrai que ce n'est pas tous les jours facile à gérer et que parfois le moral fait les montagnes russes, mais ce qu'ils parviennent à accomplir est leur plus belle récompense.

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