Midcentury Memories, The Anonymous Project


Plutôt que de vous présenter platement le contenu de cet album photos, à la fois collection esthétique et témoignage émouvant, je me contenterai, une fois n'est pas coutume, de quelques citations extraites de la préface signée Richard B. Woodward et de l'entretien que Lee Shulman, co-fondateur de The Anonymous Project, a accordé à Reuel Golden, qui vous indiqueront bien mieux que moi tout ce qui fait l'intérêt et la richesse de Midcentury Memories.

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Comme on peut le voir dans les pages qui suivent, les gens d’il y a cinquante ans se comportaient avec leurs appareils photo 35 mm et leurs Instamatic un peu comme nous le faisons aujourd’hui avec notre mobile à l’ère d’Instagram et de Snapchat. Ils prenaient des photos de ce qu’ils mangeaient et buvaient, de leurs vacances, de leurs fêtes. Ils mémorisaient les naissances des bébés, la fierté d’un gosse devant son nouveau vélo ou la nouvelle télé en couleur, les instants de détente au bord d’une piscine, d’un lac ou de l’océan, la visite d’un parc national, les sorties de pêche, les mariages, les fêtes au bureau, les réunions de famille, les couples buvant un verre, se tenant la main, s’embrassant, dansant…
Ces occasions n’avaient du sens que pour leurs participants et peut-être même pas vraiment pour eux.

Shulman et Emmanuelle Halkin ont amassé plus de 700 000 diapositives couleur et constitué à partir d’elles une collection d’environ 10 000 photos, dont quelque 200 sont présentées ici. Les plus anciennes datent de la fin des années 1930 et la majorité des années 1950 à 1970, celles du baby-boom.
La plupart des images montrent des Américains, mais des Anglais et Européens sont également bien représentés dans leur vie et leurs rituels et quelques-unes viennent du Japon et d’Afrique.

Dans les années 1950 et 1960, lorsque les projecteurs arrivèrent dans les foyers de la classe moyenne et les écoles aux États-Unis et en Europe, la projection de diapositives devint une activité souvent de groupe, quasi coercitive, sous la dictature d’un parent ou d’un enseignant.
Celui qui s’occupait des paniers ou tenait la télécommande – le rôle de photographe en chef revenait habituellement au père – faisait régner l’ordre et me rythme de la projection, souvent épouvantablement lent et ralenti par de multiples commentaires.
Les diapos elles-mêmes n’avaient pas d’existence en dehors de leur projection. La plupart disparaissaient dans leurs boîtes en carton pour ne plus jamais revoir la lumière. Shulman pense que beaucoup des images de son livre n’ont jamais été vues, même par ceux qui les possédaient depuis soixante ans.

Presque tous les souvenirs réunis dans ce livre sont agréables. Les disputes de familles ont été largement gommées. Le contentement lu sur tous les visages est-il un masque adopté pour la photo ? Ou ce monde était-il vraiment mois anxieux, moins malheureux qu’aujourd’hui, même au plus fort de la Guerre Froide ?

Le monde décrit, faut-il le dire, est généralement blanc et appartient à la classe moyenne. Le coût plus élevé des diapos et le prix d’un projecteur ont peut-être découragé de vastes segments de la population qui photographiaient aussi leur vie quotidienne, mais pas sous cette forme.
Même si d’autres ethnicités avaient été mieux représentées, il est peu probable que les expressions faciales aient été différentes. Les photographes amateurs ont toujours tendance à représenter leurs amis et leur famille souriant plutôt que malheureux, au repos plutôt qu’au travail. Être photographie voulait dire aussi se présenter sous son meilleur angle et porter ses plus beaux vêtements.

Des souvenirs involontaires ou orphelins sont également sauvés dans ces pages. Les premières photographies dont une famille se débarrasse sont celles de personnes qu’on ne peut plus identifier.

Richard B. Woodward - Souvenirs collectifs en Kodachrome


Le film inversible couleur, la diapositive, est quelque chose d’unique dans le monde de la photographie. Ni recadrage, ni manipulation, ni tirage ou post-production. Ce que vous voyez est ce que vous obtenez, l’imperfection dans toute sa pureté.

Pour moi, la magie de la photo amateur est la relation entre le photographe et son sujet. Dans la plupart des cas, c’est un membre de la famille proche, un parent, un ami ou un amant et ces images sont souvent chargées d’un lien émotionnel que l’on ne trouve pas toujours dans la photographie professionnelle.

Même si ce type de photo concerne la classe moyenne, il représente un document important sur cette époque. La prospérité de l’après-guerre et le sentiment de communauté sont très présents ans la collection. Ces portraits intimes montrent une société en ascension. La famille était et reste l’élément déterminant de l’existence humaine. […] Et on s’habillait définitivement mieux.

La diapositive a été l’un des premiers exemples de média social, la famille et les amis s’invitant pour les regarder lors de projections de photos de vacances, d’événements familiaux, de fêtes. J’y trouve souvent le même type d’image que l’on voit sur Instagram et, à cet égard, peu de choses ont changé.

Lee Shulman - Le passé visionné, entretien avec Reuel Golden


Et comme une image vaut mille mots, dit-on, si jamais ces citations n’ont pas suffit à vous donner envie de parcourir à votre tour une partie de la collection de photographies réunies par The Anonymous Project (dont je vous avais déjà parlé ici), pour vous donner une idée du contenu de Midcentury Memories, j'ai rassemblé dans la mosaïque ci-dessous certains clichés parmi mes préférés présentés dans cet album.

Photos de la collection The Anonymous Project extraites de Midcentury Memories - Cliquer pour agrandir

The Anonymous Project - Midcentury Memories (Taschen, 2019)

Commentaires

  1. Un moment qu'il a attiré mon attention...

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    1. Il est vraiment superbe.... Je l'avais mis sur ma liste de Noël mais comme il n'avait pas été choisi, je suis vite allé me l'offrir dès les fêtes de fin d'année passées 🤭

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  2. Se promener sur le site de Anonymous project est un délice... allez, retournons dans les années 50/60, pique-niquer à côté de la voiture ! (des images symbolisant la liberté, particulièrement en ce moment !)

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    1. Tu as tout à fait raison : la période se prête parfaitement bien à une escapade dans cette fabuleuse collection de clichés vintage... D'ailleurs, ce n'est peut-être pas un hasard si je me suis enfin décidé à prendre le temps de m'y plonger alors que l'album attendait son tour depuis trois mois 😊

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  3. Ah les fameuses séances diapos... ^_^

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    1. Comme tu dis !!! 😆 Mon père était le roi de la télécommande !!!! Et je ne te raconte pas les séances de films Super 8.

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  4. Beau témoignage de la vie, tout simplement

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    1. Et en bonus, pour la plupart, leurs auteurs n'auraient pas à rougir s'ils étaient comparés à certains photographes renommés.

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