Open Bar 2e Tournée, Fabcaro



Et de 2 !
Un an après sa première tournée, Fabcaro nous en remet une. Et, à nouveau, c’est Open Bar pour tout le monde.
Assurément, tous les sujets du moment (et particulièrement les plus sensibles et/ou polémiques) y passent. Tout le monde en prend pour son grade au passage : immigration, islamophobie, parité, #metoo, conditionnement des esprits par les réseaux sociaux et la télé-réalité, tyrannie du bien-être, de la vie saine et gourous du développement personnel...


Parmi la (longue) liste des sujets qui fâchent, il en est aussi de plus « légers », comme la prolifération anarchique des trottinettes en milieu urbain, les conversations téléphoniques partagées avec le plus grand nombre (alors que personne n’a rien demandé), la malédiction des coffrets cadeaux et des spectacles de la kermesse des écoles, l’embuscade des participants à la fête de la musique, l'abus généralisé du vocoder (qui nuit gravement à la musique... et aux sermons) ou l’épreuve du changement de housse de couette qui mériterait d’être inscrite au programme des J.O...
Je défie n’importe quel lecteur (terrien s’entend, parce que les autres, ça compte pas) de ne pas trouver dans ce nouveau recueil des planches publiées chaque semaine dans Les Inrocks une seule situation qu’il n’a pas rencontrée dans son quotidien, un comportement mesquin dont il a eu honte tout de suite après.

Sous couvert d’absurde et d’humour (noir), Fabcaro met au jour les petites bassesses qui parfois nous traversent l’esprit sans qu'on ose les exprimer ouvertement, au détour d’une rue, d’une réunion de travail (ou pire, de famille), d’un passage au fast food.
Il dénonce avec une lucidité ravageuse l’hypocrisie et la veulerie de tous les jours, ce décalage (parfois un gouffre) qui existe entre les beaux discours et la réalité des actes. Parce qu’être solidaire avec les plus démunis et les grévistes, s’engager pour la biodiversité et l’environnement, dénoncer les violences faites aux femmes et le travail des enfants, c’est bien joli, ça donne bonne conscience, mais jusqu’à un certain point. Faudrait quand même pas pousser le bouchon trop loin et que ça vienne empiéter sur notre petit confort individuel !
S’il venait à l’esprit du lecteur de passer un bon moment aux dépends de son prochain, à se moquer impunément de ses contemporains, il finira par s’apercevoir (sans doute trop tard) que c’est (aussi) de lui qu’il rit.


Lors de nos deux dernières rencontres, j’avais trouvé Fabcaro en (toute) petite forme. Plate et convenue, la première tournée d’Open Bar m’avait énormément déçu. Ce fut pire avec Hey June qui a suivi, peu après.
C’est donc avec une certaine appréhension que j’envisageais nos retrouvailles. Et je dois dire qu’à la lecture de la première planche de cet opus 2, j’ai craint le pire. Puis, peu à peu, le rythme monte en puissance : l’humour se fait plus grinçant, les situations plus caustiques, le rire plus jaune.
J'ai retrouvé avec plaisir un Fabcaro au top de sa forme, corrosif comme je l'aime.
Sur ce, je vous laisse avec Open Bar 2e Tournée, et vous souhaite une subtile délectation.


*   *   *   *   *   *
« D’une première rencontre qui vire à la gêne, des effets de mode que personne ne comprend, des discours lissés pour faire bonne impression en société, Fabcaro défonce tout tout tout et dresse le portrait d’une société en pleine crise d’identité mais surtout, en plein marasme sociétal. Nul doute qu’elle nous rendrait totalement psychotique si on ne veillait à agrémenter notre quotidien d’une grosse louche d’humour noir, très noir… celui-là même que Fabcaro utilise avec brio. »   Mo

Fabcaro - Open Bar 2e Tournée (Delcourt Pataquès, 2020)

Commentaires

  1. J'avais plus ou moins accroché au premier mais je suis morte de rire à ces planches... du coup, j'ai bien envie d'essayer à nouveau!

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    1. Le truc, c'est que même si les sujets abordés sont internationaux, ils sont traités à la sauce nationale et du coup, il se peut que le trait d'humour ne fasse pas mouche à chaque fois...

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  2. Le tome 1 m'a réconciliée avec Fabcaro (j'ai aimé). Après j'ai emprunté plusieurs albums (6) de lui et je constate que tous ne sont pas de qualité égale ou ne me correspondent pas complètement.

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    1. C'est logique, au fond, que les recueils de planches, comme les recueils de nouvelles, soient inégaux. Il est rare que chaque planche/nouvelle soit aussi forte, suscite une émotion forte à tous les coups. Pour les albums, tout dépend surtout de l'idée de départ.
      Et puis, on a beau être une star de la BD, on n'en est pas moins humain, après tout et, donc, pas à l'abri d'un petit coup de mou passager.😊

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  3. Je suis en retard, je n'ai pas lu le 1, ni les tous derniers albums, mais bon, avec Fabcaro, je crois justement qu'il ne faut pas trop que ce soit open bar, il faut un peu espacer les lectures pour mieux s'en délecter.:) Ma dernière lecture commence à dater ceci dit. Je crois que je suis prête pour replonger.^^

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    1. Je te rejoins tout à fait sur les bienfaits d'une lecture homéopathique d'un auteur (BD ou pas d'ailleurs) qu'on apprécie. A trop se goinfrer, on n'apprécie plus autant qu'on devrait ce qu'on a un plaisir à déguster de temps à autre 🍰

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  4. N'ayant pas du tout aimé sa première BD, tu réussis pourtant à me donner envie de le lire !

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    1. Peut-être que la formule "pastilles" (1 thème, 1 ambiance/ 1 page) te conviendra mieux qu'un récit développé sur la longueur...
      Sur ce volume 2, honnêtement, je trouve qu'il n'y a pas grand-chose à jeter. Tu ne riras certainement pas à gorge déployée à chaque page (et je ne pense pas non plus que ce soit le but), mais tu devrais y trouver ton compte, je pense.

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  5. Compris, chef, on repart pour une nouvelle tournée au bar! (open)
    Je découvre le terme vocoder, maintenant je mets un mot sur ce que je déteste (et tu comprends pourquoi je me gave de chant lyrique en direct)(et sans micro, comme ça, no problemo)

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    1. Le vocoder, c'est l'instrument du diable !! Mais, un opéra au vocoder, je serais curieux d'entendre le résultat 🎶

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    2. Pitié, pas ça! (quoique... ^_^)

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  6. j'en ai lu cinq ou six de lui mais je ne pense pas avoir lu le 1er de l'open bar, mais j'ai lu ses planches et je retrouve son humour ! je le prendrai à la bibli dès qu'il est dispo

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  7. Sacré Fabcaro. En dehors de sa désastreuse collaboration sur Hey June, je suis très friande de ses albums.

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    1. Ah oui, pour toi aussi, Hey June a été un fiasco...
      Pour changer un peu, j'attends impatiemment la parution prochaine de son nouveau roman.

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  8. Un petit Fabcaro, c'est toujours bon pour lutter contre la morosité ambiante !

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    1. Je te trouve bien guilleret, sur ce coup-là 🤨 En ce qui me concerne, j'ai plutôt tendance à trouver le contexte actuel déprimant/écœurant/révoltant.... (cocher la mention de votre choix). Je me réjouirais s'il n'était que morose 😉

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  9. Je suis fan fan fan de Fabcaro ! J’ai lu open Bar 1, à mourir de rire et je relis Formica qui m’a tuée ... j’ADORE ce mec est un pure génie

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    1. Alors, tu devrais t'en payer une nouvelle et bonne tranche avec sa 2e tournée ! Tchin, à la tienne ! 🥳

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  10. Pur génie ( désolée pour la faute )

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