New Canaan looked like the microcosm poster child of middle-American angst.

Protocoles de pliage et de présentation du drapeau funéraire US lors d'une cérémonie d'honneur militaire
  (source)
 

Rick watched his image wobble in the puddle, and when it went still, he would smack it, and his features would get that horizontal interference all over again. He was drunk and got to thinking. Thinking about this cage he lived in, this prison where it felt like he’d spend the entirety of his life, cradle to grave, measuring the distance between his most modest hopes and all the cheap regret he actually ended up living. You passed your time in the cage, he figured, by clinging pointlessly and desperately to an endless series of unfinished sorrows. (p. 20/391*)

His mother, a journalism student who gave up a New York City career to follow her dentist husband to his hometown of Corn & Rust, Ohio, where they would supposedly raise a son away from—well, from what? Violence, fear, minorities, pollution? A joke like that surely had an expiration date, right? Love was a marketing strategy, but every ad campaign lost its zest in the end. Every romantic bond eventually turned into the Yo Quiero Taco Bell dog. (p. 25*)

Boy, he thought, suddenly looking around, did Ohio look like shit.
The whole state for sure, but stumbling down SR 229 into the outskirts of the city limits, New Canaan looked like the microcosm poster child of middle-American angst. This little stretch of strip mall had lost all its signs, so you could see the ghostly outlines of the vanished businesses as well as all the smaller rust outlines where the screws once attached to the stucco. The rest of the road had all the familiar tumors. House with FOR SALE sign. House with FORECLOSURE sign. The rest for rent yet clearly unrented. Andy’s Glass Shop, closed. Burger King, open. New Canaan Building Supply across the street, closed, FOR RENT sign. Subway, open. Gas station, open, sign burned out, weird old dude lingering by a pay phone watching him. (A pay phone! Still!) Gotti’s Pizza, where Harrington’s dad used to take them after YMCA soccer or basketball, shut down, gone, along with its excellent Hawaiian pie. Liberty Tax, open.
Ohio hadn’t gone through the same real estate boom as the Sun Belt, but the vultures had circled the carcasses of dying industrial towns—Dayton, Toledo, Mansfield, Youngstown, Akron—peddling home equity loans and refinancing. All the garbage that blew up in people’s faces the same way subprime mortgages had. A fleet of nouveau riche snake oil salesmen scoured the state, moving from minority hoods where widowed, churchgoing black ladies on fixed incomes made for easy marks to the white working-class enclaves and then the first-ring suburbs. The foreclosures began to crop up and then turn into fields of fast-moving weeds, reducing whole neighborhoods to abandoned husks or drug pens. Ameriquest, Countrywide, CitiFinancial—all those devious motherfuckers watching the state’s job losses, plant closings, its struggles, its heartache, and figuring out a way to make a buck on people’s desperation. Every city or town in the state had big gangrenous swaths that looked like New Canaan, the same cancer-patient-looking strip mall geography with brightly lit outposts hawking variations on usurious consumer credit. Those entrepreneurs saw the state breaking down like Bill’s truck, and they moved in, looking to sell the last working parts for scrap. (pp. 29-30*)

One spent so much time looking at the Botoxed and surgery-perfected visages of movie stars and TV personalities that it was sometimes jarring to just see what an average sixty-something woman, trampled by time and disappointment, actually looked like, let alone what she looked like crying. She hadn’t changed her haircut, still the unflattering midwestern bowl of badly dyed brown. Bangs like a friar. Her eyes were inflamed red wounds. It almost made him angry. What the fuck did she have to cry about? (p. 31*)

The decisions alcoholics had to make. If sober people understood all the work that went into deciding how best to get loaded, they would get over themselves and sling a little fucking admiration his way. He selected Jack Daniel’s in the end because they didn’t have the right size Beam. (pp. 36-37*)

Funny, he thought, folding the picture back up, how you could look at anyone’s high school homecoming picture from any middling town or suburb in America, and they all looked like stock photos, the image that came with the frame, identical teenagers doing identical teenage shit and hoping it wouldn’t end because what lay beyond was too unknown. (p.40*)

Adolescent identity is an odd thing, formed mostly for hypermasculine young men by their chosen extracurricular activity. (p. 42*)

Maybe at that age he was aping left-wing provocateurs, not yet ready to author his own opinion, but Rick was just a Fox News fire hose spraying invective at anyone he saw as insufficiently war-hungry. (p. 44*)

Nous le savons tous, la mémoire fonctionne de telle sorte que notre vie entière se trouve expliquée par une poignée de moments précis, des totems qui deviennent ensuite des récits. Reste à inventer ce qui liera le reste. (p. 88/460*)

– On est tous des voyageurs, Stacey. La seule chose qui nous différencie, c’est la quantité de bagages qu’on choisit de se mettre sur le dos. (p. 149*)

Ce en quoi elle avait cru enfant – ce que tous croyaient, le musulman qui chemine vers La Mecque aussi bien que sa propre famille – n’était guère que le prolongement d’un fatras chamanique transmis, bricolé, retaillé, mais qui restait au fond la même ineptie. Elle eut envie de demander à ce jeune homme :
Parce que, sinon, comment expliquer l’inexplicable, hein, mec ? Comment expliquer que nous arrivions tous dans cette fête où personne n’est convié et qui n’est manifestement organisée par personne, et que nous puissions en partir à tout instant et sans raison ? (p. 166*)

« On a grandi dans le même quartier, on a fait du volley ensemble et ensuite on a eu des mecs qui se reniflaient le cul, mais à part ça je crois qu’on a rien en commun.
– En fait ça ressemble pas mal à la définition de l’amitié, Han. Le genre d’amitié qui dure, avec une fille qui te demandera d’être demoiselle d’honneur à son mariage. »
(p. 182*)

Stacey lui pardonna ses laïus car elle savait à quoi ils servaient, au fond : à concentrer sa rage, sa déception, sa souffrance, sur un autre objet. À réduire un monde trouble et complexe à quelques points de rancœur facilement identifiables. À brandir un feu rassurant pour repousser les démons. (p. 206*)

On parle d’anthropocène, mais il serait plus exact de l’appeler nécrocène : une ère géologique déclenchée par l’être humain, dans laquelle le profit découle de l’exploitation et de l’extinction, l’immense capital accumulé finançant des dévastations plus grandes encore en un cycle fatal. (p. 212*)

Au milieu de la poignée de notes que Lisa avait laissées dans les marges de
Gaia, une remarque se détachait. Dans l’épilogue, Lovelock demande au lecteur de réfléchir à la conception humaine de la beauté, « ces sentiments complexes de plaisir, d’identification et de satisfaction, d’émerveillement, de désir, qui s’emparent de nous lorsque nous voyons, sentons ou entendons une chose qui accroît notre conscience de nous-mêmes tout en approfondissant notre perception de la véritable nature des choses ». (p. 213*)

Il avait toujours porté des plaques d’identification vierges, insondables affirmations de sa férocité, Dan en voyait encore la chaîne. Déjà avant les guerres, il singeait l’attitude qui deviendrait celle d’une bonne partie de la population : il se drapait dans le théâtre de la guerre, prétendait à l’honneur et au sacrifice sans jamais vraiment s’essayer à l’un ou à l’autre. Des patriotes à autocollants et slogans qui ignoraient ce que c’était de mettre les mains dans le cambouis. Qui ignoraient que la guerre, c’est rance, humide et poisseux. (p. 281*)

Ils discutèrent de ce qui se passe quand un mec prend une balle, du fait que son corps n’est pas projeté en arrière comme parfois dans les films : il se chiffonne plutôt, semble presque se dégonfler. Et ensuite il y a les convulsions ou au contraire l’immobilité parfaite – la vie qui s’en va. L’être vivant devient viande que les chiens rongeront et chieront ensuite aux quatre coins de la ville. Aussi rapide que ça. Ils parlèrent de ce que ça fait de tuer. Décidèrent que la question n’était pas de penser ou non à la femme, aux enfants, à la famille des hommes à qui leurs balles ôtaient la vie, « Mais y a que deux possibilités : c’est lui ou moi », dit Coyle. Et l’exultation lorsqu’on gagne un duel et qu’on s’éloigne en continuant de vivre – une joie narcotique que même les gobeurs de pilules de la vallée de l’Ohio ne pouvaient pas comprendre.
(pp. 286-287*)

Et quand il retrouva le désert et son M4, quand on lui tira dessus pendant sa deuxième patrouille, un projectile qui se planta dans son gilet pare-balles et lui fit croire qu’il n’était pas touché à un seul endroit mais à tout le torse, et quand la mince couche d’air séparant son corps de la protection remonta et lui souffla la gorge et le visage, il se sentit chez lui, plus que les dix-huit jours précédents entre le regard de sa mère, l’humour de son père et les bras de Hailey. Ce qu’on appelle « chez soi » est une sensation volatile, pas un lieu, et pendant une grande partie de sa vie, chez lui, ce fut cette balle dans la poitrine. (p. 306*)

« Pourquoi tu rentres jamais ? »
Il ne sut pas quoi répondre. Il bredouilla que, même s’il revenait pour une soirée – ou encore moins –, il croiserait trop de gens qu’il avait connus autrefois.
« C’est super dur. De pas ruminer le passé », essaya-t-il d’expliquer, et il se sentait paralysé, il se sentait con. « Je fais ce que je peux pour avancer, pour rester heureux. Et c’est dur quand je suis ici. »
(p. 334*)

Les rumeurs, en vérité, sont délibérément vagues, changeantes, miroitantes. Elles cherchent peut-être davantage à effacer qu’à révéler. À obscurcir un grand péché de telle sorte que plus personne ne sait ce qu’il faut croire. (p. 342*)
(*as indicated on my reader/sur ma liseuse)

Stephen Markley - Ohio (Simon & Schuster, 2018 / Albin Michel, 2020)

Commentaires

  1. Je lisais les extraits sans savoir de quel roman il s'agissait, et je dois dire que j'ai été tout à fait intriguée. Je comprends maintenant pourquoi Ohio a soulevé autant d'enthousiasme !

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    1. Prends ça comme un signe, et que tu t'apprêtes certainement à rejoindre les rangs des chanceux/ses qui ont été ébloui(e)s par ce roman.

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