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Affichage des articles du mars 13, 2019

Une journée d'automne, Wallace Stegner

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Une demeure cossue, rongée par la grisaille, au début du siècle dernier.
Deux femmes, dont on ne connait pas encore la nature du lien, si ce n’est que leur relation implique une certaine distance, s’apprêtent pour les funérailles d’un proche.

Dix-huit ans auparavant.
Alors que son dernier parent vient de mourir, Elspeth quitte l’Écosse pour aller vivre avec sa sœur, Margaret, et son beau-frère, Alec, propriétaires d’un domaine, dans la campagne de l’Iowa.
À peine descendue du train, la jeune fille tranche dans le paysage par sa fraîcheur, sa légèreté et sa gaieté naturelles, qui vont lui valoir l’affection rapide des gens du coin. Dans toute l’innocence de sa jeunesse, Elspeth s’émerveille de son nouvel environnement, passe son temps à baguenauder dans la campagne environnante lors de longues promenades en compagnie d’Alec.
De nature blagueuse et enjouée, Alec va trouver chez sa jeune belle-sœur un public réceptif à son humour, riant volontiers à ses pitreries. De fait, le contra…

Il était encore trop difficile pour l’une comme pour l’autre de se rencontrer en terrain intime

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— Où est Malcolm ?
— Dans sa chambre.
— A-t-il beaucoup de chagrin ?
Elspeth hocha la tête. Elles restèrent un instant silencieuses, formant un tableau vivant, maladroit et guindé : deux silhouettes noires décharnées pareilles à des corbeaux, l’une debout, l’autre assise, dans la pénombre verdâtre du petit salon. La chaise de Margaret grinça légèrement lorsqu’elle se tourna vers sa sœur.
— Et toi ?
Leurs yeux se croisèrent brièvement, bleu glacier contre bleu glacier, mais ce regard n’était ni froid ni hostile. Une petite flamme tentait de percer, comme si la sympathie et l’affection essayaient de refluer à la surface après des années de répression et de maîtrise sur soi.
— J’aurai du chagrin pour le restant de ma vie, voilà ce que je pense, dit Elspeth avec tristesse.
La femme assise eut un léger mouvement, comme si elle allait tapoter le bras de sa sœur. Puis elle recroisa les mains.
— Bien, il est temps de tout préparer. J’arrive dans un instant.
Elspeth s’attarda un moment.
— Et toi ?
Leurs …