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Affichage des articles du octobre 14, 2018

Débâcle, Lize Spit

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Rarement une photo de couverture aura été autant en symbiose avec l’atmosphère générale du roman qu'elle est censée illustrer. Dès les premières lignes, j’ai ressenti un réel malaise qui est allé crescendo jusqu’au dénouement. Dès le départ, pressentant l’imminence d’un drame, le lecteur est sur ses gardes, en alerte constante, se demandant quand et sous quelle forme il va se matérialiser, tandis que le dessein d’Eva se fait de plus en plus clair.

Ce (premier) roman d’une jeune auteure belge fait de constants allers-retours entre le présent, le 30 décembre 2015, et le passé, principalement l’été 2002.
L’histoire s’ouvre sur ce jour d’hiver où Eva, professeur d’arts plastiques à Bruxelles, répondant à une invitation, se rend dans son village natal de la campagne anversoise, Bovenmeer, où elle n’est jamais retournée en treize ans de temps.
Un saut dans le temps transporte le lecteur de la neige et du froid hivernal à la moiteur poisseuse d’un été caniculaire, celui de 2002. À cette…

Cette maison est beaucoup trop grande pour ce qui reste de notre famille

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Finalement, il n’y a pas tant de différence entre les rires et les larmes. C’est comme s’en aller de chez soi par rapport à revenir – il suffit pour ça d’une maison.

C’est peut-être à ça qu’on les reconnaît, les familles où ce qui est le plus essentiel va de travers : pour compenser, elles inventent un tas de petites règles et de principes ridicules.

Papa retire les arêtes du poisson qu’il a écrasé en couche généreuse sur son pain. Il les dépose l’une après l’autre au coin de son set de table – à chaque fois, c’est un point en moins pour maman.

“Encore des amateurs ?” a aboyé maman.
Jolan et moi, on n’osait pas refuser, mais ça ne nous semblait pas non plus mériter l’enthousiasme, alors on n’a rien dit. Elle nous a servi à chacun une toute petite portion, autant qu’à elle-même. Sauf que, dans son cas, ça ne serait que pour regarder.
La cuiller de la sauce aurait été bien pratique, mais maman a fait exprès de la laisser dans la casserole pour empoigner d’abord la boîte de maïs et la secouer…