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Affichage des articles du février 22, 2019

La Rouille, Éric Richer

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Perdue au milieu de nulle part, une casse automobile.
Sur un immense terrain vague bouillasseux, à l'orée d'une forêt, des montagnes de carcasses broyées comme seul relief à l’horizon, qui percent çà et là un ciel bas et lourd.
Tout l’univers de Nói, 14 ans bientôt, se résume à ce paysage de ruines où règnent les hommes de sa famille, ferrailleurs de père en fils. Entre son père Terje, taiseux, complètement largué depuis le départ de sa femme, et son grand-père Zelj, chef de clan tyrannique, qu’il hait de toutes ses forces depuis qu’il a achevé sous ses yeux son unique compagnon, son chien Lupus, Nói n’a qu’une obsession : partir d’ici, à la recherche de sa mère, qui les a quittés alors qu’il était nourrisson.
Le seul auprès duquel il peut trouver du réconfort, c’est son oncle, Otto. À lui, il peut se confier sans crainte sur ses relations difficiles avec son père, évoquer sa mère et recueillir au passage quelque détail inédit, partager leur passion mutuelle pour les groupes …

Ces vieux cons en valent pas la peine. Traverse-les, vois au-delà d’eux

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Terje s’est perdu quand ma sœur est partie, Gus, pas pendu comme l’aurait voulu la tradition… Il s’est perdu dans la rouille des épaves de leur foutue casse, et a élevé son fils comme ça, comme un égaré au milieu de leurs montagnes de carcasses en attente d’être broyées.
– Putain… Tu sais que t’es un vrai poète, toi.
– Ta gueule.
– Non, j’t’assure, c’était beau…

– Qu’est-ce qu’il a ? fit Nói sans reconnaître sa voix, altérée par la mue, les spasmes et les pleurs. Il est empoisonné ?
– Il est foutu, dit Zelj.
Bruits de pas. Terje arrivait, suivi de Lars, le larbin du vieux, qui dérapa dans une flaque de merde liquéfiée. L’animal se vidait de toutes parts.
– Faut l’emmener chez le véto, ’pa, faut l’emmener ! implorait le garçon.
– Écarte le môme, Terje, et toi va m’chercher le fusil dans la voiture, ordonna le vieil homme.
Lars s’exécuta tandis que Nói, hystérique, battait l’air vif de ses jambes, ceinturé par son père.
– Lupus ! Lupus, viens mon chien, viens ! Allez ! cria le garçon à l’anim…