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Affichage des articles du juillet 16, 2018

1144 livres, Jean Berthier

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Quand il reçoit la lettre d’un notaire lui annonçant qu’il hérite d’une partie de la bibliothèque de sa mère, soit 38 cartons renfermant pas moins de 1144 volumes, le narrateur reste abasourdi. Non à cause de la singularité du legs, ou de la montagne de livres que cela représente (au contraire, c'est bibliothécaire amoureux des livres). Non, ce qui le sidère, c’est qu’il ne connaît pas cette femme. Et pour cause, né sous X, il a été adopté par une famille aimante et n’a jamais ressenti le besoin de retrouver sa mère biologique.
Son premier réflexe est donc de refuser tout net cet héritage dont il n'a que faire. Mais l’opiniâtreté et l’art de la persuasion du notaire auront raison de sa (bonne ?) résolution. Seul, dans une modeste chambre d’hôtel de province, il va céder à la curiosité et ouvrir un premier carton pour voir quel genre de livres ils renferment. Après s’être intéressé en bon bibliophile à quelques ouvrages sortis du carton, il va comprendre que tous ces livres lu…

Je suis né après le jour de ma naissance.

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Arpenter la bibliothèque d’un autre, c’est traverser un pays dont on connaît la langue mais dont l’étrangeté grandit à mesure qu’on y pénètre.

Plus rien ne subsistait d’elle que ces innombrables pages serrées les unes contre les autres. C’était son faire-part de décès.


Maintenant que ces livres étaient à portée de ma main, ma mère n’avait jamais été si loin de moi puisque ces livres disaient : ta mère est morte et te demeurera inconnue pour toujours. Il n’y aura plus entre elle et toi que cette grande nuit, cette vie sans fin d’inconnaissance à laquelle seule ta propre disparition mettra un terme.


Que savais-je d’autre sinon qu’elle les avait possédés ? Elle avait dû en aimer certains ; mes pleurs d’enfant n’avaient pas beaucoup perturbé son plaisir. Qu’elle ait été une lectrice ne me rapprochait pas d’elle. Les lecteurs ne forment pas une communauté soudée par quelque Souverain Bien de la lecture. Lire ne promet rien, ne protège de rien, ne garantit rien : les barbares aussi ont leurs…