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Débâcle, Lize Spit

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Rarement une photo de couverture aura été autant en symbiose avec l’atmosphère générale du roman qu'elle est censée illustrer. Dès les premières lignes, j’ai ressenti un réel malaise qui est allé crescendo jusqu’au dénouement. Dès le départ, pressentant l’imminence d’un drame, le lecteur est sur ses gardes, en alerte constante, se demandant quand et sous quelle forme il va se matérialiser, tandis que le dessein d’Eva se fait de plus en plus clair.

Ce (premier) roman d’une jeune auteure belge fait de constants allers-retours entre le présent, le 30 décembre 2015, et le passé, principalement l’été 2002.
L’histoire s’ouvre sur ce jour d’hiver où Eva, professeur d’arts plastiques à Bruxelles, répondant à une invitation, se rend dans son village natal de la campagne anversoise, Bovenmeer, où elle n’est jamais retournée en treize ans de temps.
Un saut dans le temps transporte le lecteur de la neige et du froid hivernal à la moiteur poisseuse d’un été caniculaire, celui de 2002. À cette…

Cette maison est beaucoup trop grande pour ce qui reste de notre famille

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Finalement, il n’y a pas tant de différence entre les rires et les larmes. C’est comme s’en aller de chez soi par rapport à revenir – il suffit pour ça d’une maison.

C’est peut-être à ça qu’on les reconnaît, les familles où ce qui est le plus essentiel va de travers : pour compenser, elles inventent un tas de petites règles et de principes ridicules.

Papa retire les arêtes du poisson qu’il a écrasé en couche généreuse sur son pain. Il les dépose l’une après l’autre au coin de son set de table – à chaque fois, c’est un point en moins pour maman.

“Encore des amateurs ?” a aboyé maman.
Jolan et moi, on n’osait pas refuser, mais ça ne nous semblait pas non plus mériter l’enthousiasme, alors on n’a rien dit. Elle nous a servi à chacun une toute petite portion, autant qu’à elle-même. Sauf que, dans son cas, ça ne serait que pour regarder.
La cuiller de la sauce aurait été bien pratique, mais maman a fait exprès de la laisser dans la casserole pour empoigner d’abord la boîte de maïs et la secouer…

Zaï zaï zaï zaï, Fabcaro

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Mon idylle d’été avec Fabcaro (suite encore)

Encore, encore, encore !!! J’en voulais encore, de la bonne marrade à la sauce Fabcaro.
Oubliées mes hésitations (l’absurde me fait souvent peur), plein cap (enfin !) sur Zaï zaï zaï zaï. Après tout, pourquoi cet album ne me plairait-il pas ? D’autant qu’il a rencontré un vif succès et a été primé.

D’emblée, je retrouve le trait désormais familier de Fabcaro... et son univers absurde.
Arrivé à la caisse d’un supermarché, un homme s’aperçoit qu’il a oublié sa carte de fidélité dans la poche d’un autre pantalon. Quand le vigile du magasin, alerté par la caissière, s’en mêle, l’homme parvient à s’enfuir en le menaçant avec... un poireau !
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Sur les dents, les forces de police traquent le fugitif sur tout le territoire.
Les médias, friands de scoops racoleurs, s’en donnent à cœur-joie. L’affaire qui tourne en boucle à la télé passionne la population et truste les conversations.
Et c’est parti pour une critique…

Récap septembre 2018

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Tommy Orange - There there (Knopf, 2018)
Eduardo Halfon - Deuils (Quai Voltaire, 2018)
Antoine Wauters - Pense aux pierres sous tes pas (Verdier, 2018)
Khaled Hosseini & Dan Williams - Une prière à la mer (Albin Michel, 2018)
Julien Dufresne-Lamy - Boom (Actes Sud Junior, 2018)
Lance Weller - Les marches de l'Amérique (Gallmeister, 2017)
Olivier Liron - Einstein, le sexe et moi (Alma, 2018)

*  *  *  *  *  *  *  *
Je suis encore en retard pour ce point sur mes lectures du mois passé… (et si ce n’était que ça : je n’ai toujours pas chroniqué toutes celles d’août !)

Alors que pour beaucoup septembre rime avec rentrée, c’est pour moi le temps des congés d’été.
Comme chaque fois que je reste en France, j’en profite pour vider ma PAL et ne lire que des livres papier.
Mais cette année, je n’ai finalement lu que très peu pendant mes vacances, en tous cas moins que d’habitude à cette période… et bien moins que je ne l’avais projeté : près de la moitié des livres que j’avais mis dans mes baga…

Une prière à la mer, Khaled Hosseini & Dan Williams

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Si seulement tu avais de Homs le même souvenir que moi, Marwan.
[...]
Mais cette vie, cette époque ont tout d’un rêve aujourd’hui, même à mes propres yeux, comme une rumeur depuis longtemps éteinte.
[...]
J’ai entendu dire que nous étions les indésirables, les importuns.
Que nous devrions emmener nos malheurs ailleurs.
[...]
Mon garçon, je contemple ton profil dans la lueur de cette lune gibbeuse, tes cils que l’on dirait calligraphiés, tes paupières closes dans ton sommeil innocent.
« Donne-moi la main, t’ai-je dit. Tout rira bien. »

Ce ne sont que des mots.
Le tour de passe-passe d’un père.
Cela fend le cœur de ton père, cette foi que tu as en lui.
Parce que ce soir, je n’arrive à penser qu’à une chose : combien la mer est profonde, et vaste, et indifférente.
Et combien je suis impuissant à te protéger d’elle.
[...] tu es une cargaison précieuse, Marwan, le plus précieuse qui ait jamais existé.
[...]
Comme je prie pour que la mer le sache.


Voilà encore un de ces hasards magiques qui surviennent pa…

Mon festival America à moi...

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Nombre d'entre vous avez passé le week-end (en partie ou entièrement) au Festival America de Vincennes, avez rencontré, écouté, bavardé avec des stars de la littérature américaine.
J'en profite donc pour publier une chronique restée en souffrance, dans laquelle je parlais de la suite, mais pas fin, de mes "rencontres" avec certains des plus grands écrivains nord-américains contemporains. J'ai trouvé ces découvertes toujours aussi passionnantes et parfois surprenantes.

Par exemple, j'ai été séduit par Laura Kasischke, alors même que je n'avais pas aimé le seul roman que j'ai lu d'elle, La Vie devant ses yeux. Aussi, il est fort probable que je me frotte à l'un de ses autres romans un de ces jours.
J'ai aussi aimé aussi ce que j'ai pu saisir des personnalités, certes différentes, de Richard Ford et T.C. Boyle, même si je ne suis pas certain de lire Boyle pour autant.

À l'inverse, j'ai trouvé l'entretien avec Margaret Atwood p…

Carte postale #4

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Rien n'indique ici que demain sera déjà le début de l'automne,
ni que lundi sonnera déjà l'heure de la reprise...

Brother, David Chariandy

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Scarborough, banlieue de Toronto, peuplée en majorité d’immigrants de tous horizons, où règne la solidarité mais aussi un climat de violence, entre racisme, lutte de gangs et exactions policières.
Émigrée de Trinidad depuis des années, Ruth élève seule ses deux fils, Michael et Francis. Pour leur assurer un avenir meilleur que le sien, elle ne ménage pas sa peine, multipliant les boulots d’où elle rentre épuisée tard le soir. Malgré tout, cette mère Courage trouve encore l’énergie de veiller comme une louve sur leur éducation, n’hésitant pas à leur passer un savon au moindre faux pas. Elle met un point d’honneur à ce que ses fils se comportent bien, évitent les mauvaises fréquentations et ne tournent pas délinquants.
Comme beaucoup de jeunes du quartier, Michael et Francis se retrouvent chez Desirea’s, salon de coiffure qui fait aussi office de boîte de nuit en soirée, pour écouter de la musique ou vont se balader (et plus si affinités) sur les bords de la Rouge
Mais, un jour d’été 1…

Even as kids, we had learned to be gentle with each other’s hopes and dreams

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Once he showed me his place in the sky. That hydro pole in a parking lot all weed-broke and abandoned. Looking up, you’d see the dangers of the climb. The feeder lines on insulators, the wired bucket called a pole-pig, the footholds rusted bad and going way into a sky cut hard by live cables. You’d hear the electricity as you moved higher, he warned me. Feel it shivering your teeth and lighting a whole city of fear inside your head. But if you made it to the top, he said, you were good. All that free air and seeing. The streets below suddenly patterns you could read.
A great lookout, my brother told me. One of the best in the neighbourhood, but step badly on a line, touch your hand to the wrong metal part while you’re brushing up against another, and you’d burn. Hang scarecrow-stiff and smoking in the air, dead black sight for all. “You want to go out like that?” he asked. So when you climbed, he said, you had to go careful. You had to watch your older brother and follow close his move…