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On ne voit pas seulement avec les yeux, mais aussi avec la mémoire et les humeurs.

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La vie était un puzzle où, contrairement à ce qu’il avait pu croire, rien n’était laissé au hasard. Il commençait seulement à comprendre comment s’assemblaient les morceaux.

Les photos étaient limitées par l’angle fixe d’où on les prenait, tandis que l’œil se déplaçait et changeait de point de vue quand on regardait quelque chose. Et surtout, on ne voyait pas seulement avec les yeux, mais aussi avec la mémoire et les humeurs.

Les portraits après les paysages. Le printemps après l’hiver. La main après la technologie. L’huile après l’aquarelle. La couleur après le fusain. La Californie après l’Angleterre. La joie après la tragédie. L’aube après la nuit. La création après le vide. Et ainsi de suite. Tout fonctionnait en alternance. Il n’y avait pas de réponse aux questions inutiles. Juste des cycles. La vie n’était pas une route droite avec une perspective linéaire. Sinueuse, elle s’arrêtait, repartait, retournait en arrière puis bondissait en avant. Le hasard, la tragédie faisaient pa…

Sur un plateau

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Ne jamais faire confiance à un plateau.
Même à celui sur lequel ton chéri t’a apporté le petit-déjeuner pour que tu puisses glander au lit, devant Pierre Desproges, une plume dans le culte, et continuer à bouquiner ensuite. Surtout pas celui-là, d’ailleurs. C’est le pire d’entre tous. Le fourbe attend que tu sois presque arrivé en bas des marches pour laisser s’échapper, l’air de rien, posée à côté du bol vide, la liseuse sur laquelle tu viens tout juste de terminer ton roman, et qui s’en va valdinguer en rebondissant à cœur joie jusqu’au pied de l’escalier. Sans grand espoir sur son état, tu ramasses la bête dont les stigmates (boîtier fendillé à plusieurs endroits, écran fêlé aux coins) témoignent de la violence du choc. Par acquis de conscience, tu appuies sur le bouton... et constates que, comme tu le pressentais, hormis quelques lignes droites ésotériques façon Télécran (les plus anciens sauront de quoi je parle) fixées pour toujours sur l’écran, rien ne se passe.
Same player …

Soirée diapo 2.0

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Si Keisha et Ingannmic n’en avaient pas exprimé le désir, je n’aurais pas partagé ici des photos de mon dernier voyage, sachant d’expérience combien une soirée « photos de vacances » peut rapidement s’avérer assommante. Mais m’obliger à faire un tri parmi la flopée de photos prises pendant ces trois semaines était pour moi l’occasion de revivre ce séjour exceptionnel à bien des égards.
Sauf que, en bon autiste qui se respecte, chaque fois qu’il me faut faire un choix (tout au moins, important à mes yeux), mon cerveau menace d’exploser sous le bombardement des milliards de questions (qui sans doute vous paraîtront insignifiantes) qui me traversent l’esprit avant d’être certain (pas totalement, mais presque) d’avoir pris la meilleure décision possible au final.

Les photos sélectionnées donnent-elles un aperçu le plus fidèle possible de mon voyage ? Pourquoi retenir cette photo plutôt que celle-ci ? D’accord, mais si je garde celle-ci,  il faudrait garder aussi celle-là. Oui, mais, al…

Vivre nous apprend bien que nous ne savons pas vivre, et nous le faisons quand même

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La nuit n’a pas le monopole de la peur. Celle-ci est partout, et pas uniquement au bras du surnaturel. Elle est aussi le lot du quotidien, de la fréquentation des autres. Elle est le corollaire des jours à l’école, aux côtés d’autres enfants qui ont des bouches pour se moquer, des mains pour frapper. J’anticipe le mal qu’on peut me faire, et crains que l’odeur de ma peur n’agisse comme un excitant.
La peur est mon pays. Peut-on l’écrire au titre du lieu de naissance sur la carte d’identité ? Ça me dédouanerait de mon incapacité à être courageux. J’envie ceux qui le sont. Mais la plupart le sont naturellement : leur courage n’est pas le fruit d’une lutte intérieure, il ne leur coûte rien. Je ne peux qu’avoir le cran d’accepter ma faiblesse, et d’en payer le prix, la peur, en espérant qu’elle suscite l’indulgence, et que les autres me laissent « passer ».

Je n’ai jamais rencontré de garçon d’allure si fragile : il a le corps tout fin, le teint pâle, et un visage doux avec des cils comme d…

Se faire à moitié tuer une fois, ça doit être mieux qu’être à moitié vivant pour toujours.

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Le pouvoir des mots
Il lui raconta ce que les mots sortant de l’obscurité suscitaient et comment le son de sa voix leur faisant la lecture faisait naître l’image de quelqu’un en train de peindre des images sur les murs à la lumière des bougies ou sur les branches des arbres à la lumière du feu. Il lui raconta comment sa voix structurait son monde à lui.

— Jurer ça permet des fois de dire les choses clairement.
— Chez nous, on dit clairement les choses claires.

Les histoires étaient pour lui une blessure. Pas à cause du miroitement des mondes qui s’échappaient de l’obscurité et de la lueur du feu, mais à cause des brèches imprévues dans lesquelles la vie peut parfois tomber, finit-il par penser.

— Presque toute ma vie, j’ai mieux gardé les mots dans ma tête que j’les ai parlés, dit son père. Ils sortaient jamais comme j’aurais voulu.

— La plupart des choses les plus importantes de ma vie ont jamais été dites. Tu t’y habitues. Ça devient difficile de dire quoi que ce soit de réel ou de dur. …

Il existe tellement de façons de décevoir sa famille.

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Mer et voile Je suis citoyen du plus beau pays du monde. Un pays aux lois dures mais simples cependant, qui ne triche jamais, immense et sans frontières, où la vie s'écoule au présent. Dans ce pays sans limites, dans ce pays de vent, de lumière et de paix, il n'y a de grand chef que la mer. 
Diriger un chantier maritime, c’est comme travailler dans un hôpital psychiatrique. Nous compatissons à coups de hochements de tête et de grimaces. Nous faisons de la figuration dans des fantasmes et des illusions.
— Après, on ira en Chine, a ajouté Marcy en enlaçant les hanches osseuses de Rex et en glissant son pouce dans sa poche avant.
— Magnifique, ai-je répondu.
En pensant : Vous allez mourir tous les deux.
Pour Grumps, tout ce jargon participait d’un complot, afin que le simple fait de naviguer paraisse intimidant. Pour ma part, je pense que le glossaire nautique a été inventé par des individus qui avaient du mal à s’exprimer, puis perpétué par leurs successeurs au langage inarticulé, qui…

Récap mars 2018

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Jim Lynch - Face au vent (Gallmeister, 2018)
Trad. de l'anglais (États-Unis) par Jean Esch
Chez les Johannssen, la voile est une affaire de famille. Dans leur chantier naval de la baie de Seattle, l’aïeul Grumps dessine les voiliers, tandis que le père les construit et le cadet des fils, Josh, les répare. La mère, scientifique de formation, utilise les lois de la physique pour améliorer les performances de la fille, Ruby, au don quasi-magique pour la navigation.
Alors que Ruby et Bernard, le fil aîné, rebelle et contestataire, ont déserté depuis plusieurs années le foyer familial, tous les membres de la famille vont se retrouver à l’occasion de la Swiftsure, célèbre régate de la côte ouest, à laquelle les trois générations vont participer pour la dernière fois à bord d’un ancien voilier Johannssen restauré sous la supervision de Josh.
Si la voile y est un personnage à part entière, Face au vent est avant tout un roman sur les rapports familiaux, la difficulté d’y affirmer sa perso…

Sensibilisons, sensibilisons...

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De mon autisme, ou même de l’autisme en général, je n’ai pas encore vraiment parlé ici (j’avais écrit un billet sur ma prosopagnosie que je n’ai jamais publié en fin de compte). Par pudeur, certainement. De peur d’être accusé de faire du prosélytisme, sans doute. Mais aussi et surtout parce que je suis diagnostiqué de fraîche date et que je ne me sens pas légitime pour le faire. L’autisme est encore pour moi une Terra Incognita que je défriche et que j’apprends à connaître en même temps que je me déleste de tous mes préjugés.

Pourtant, en ce 2 avril, Journée mondiale de sensibilisation à l’autisme, si les médias ont relayé assez largement le sujet, il est toujours évoqué de la même façon, par les mêmes personnes, sous le même angle et avec les mêmes travers.
Je relaie donc l’article de Julie Dachez (auteur notamment de La différence invisible) paru sur le HuffPost.fr, qui résume très bien mon sentiment sur le traitement de l’autisme dans les médias.

« Il est rare que des autistes aient …

Rhythm & (a little of) Blues

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Ça ne se voit pas vraiment ici, mais cela fait déjà plus d’une semaine que nous sommes rentrés.
Oublié le jet lag (je n’imaginais pas remercier un jour le passage à l’heure d’été qui m’a facilité la tâche !), repris le chemin du boulot, renoué avec les incivilités dans les transports en commun...

Malgré tout, j’avoue avoir un peu de mal à me remettre en phase avec la blogosphère. Je ne suis toujours pas allé consulter ma page Facebook mais je retrouve progressivement le chemin de vos blogs (j’ai même laissé quelques commentaires, preuve que l'activité reprend doucement !).

La fin du mois approchant, ma priorité du moment va être de préparer la récap’ de mars... en espérant la boucler à temps et insuffler un peu de vie à ce blog.

Au plaisir de vous retrouver.