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Veiller Pascal, Luc Mercure

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Le narrateur, professeur à la retraite, fréquente chaque jour un site gay de discussion. À force de clavarder (j’adore ce terme !) avec Pascal, il finit, en dépit de leurs nombreuses différences, par s’éprendre du jeune trentenaire.
Il y avait bien assez de différences entre deux êtres humains fussent-ils du même sexe pour alimenter la quête insatiable de la différence. [..] Le genre ne constituait pas nécessairement la ressemblance ou la différence la plus fondamentale entre deux êtres et par conséquent l’attirance pour une personne de son sexe n’était pas toujours un désir narcissique plus ou moins déformé.

Mais leur relation naissante n’est pas des plus faciles : Pascal, psychologiquement fragile, se retrouve à l’hôpital suite à une tentative de suicide. Lui rendant visite chaque jour, le narrateur apprend à connaitre cet homme qui peut se montrer subitement aussi désagréable et capricieux qu’il peut être délicieux et charmeur.
Tiraillé entre la perspective d’une ultime relation a…

Le plancher de Joachim, Jacques-Olivier Boudon

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« Heureux mortel. Quand tu me liras, je ne serai plus. »
En 2000, alors que les ouvriers entreprennent la réfection de planchers au château de Picomtal, dans les Hautes-Alpes, ils découvrent des inscriptions au dos de certaines lattes qui font surgir une voix d'outre-tombe.

Cent vingt ans plus tôt déjà, les propriétaires d'alors avaient demandé au menuisier du village de rénover le plancher en leur absence. L’été 1880 et 1881, seul au château, Joachim Martin occupe sa pause déjeuner en écrivant au dos des lattes qu’il remplace la chronique de son village des Crots et de ses habitants.
« Ses écrits forment un témoignage exceptionnel, et ce à plus d’un titre. Leur auteur livre ses pensées, ses réflexions, sans tabou, car il sait qu’il ne sera pas lu, du moins de son vivant. Menuisier, il choisit comme support pour l’écriture de son journal l’envers des planches qu’il est en train de poser dans les diverses pièces du château de Picomtal. Parfois, il écrit même sur les morceau…

Rétrospective 2018

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J'ai beaucoup aimé la façon dont Jérôme a présenté son bilan annuel.
Je lui pique donc l'idée, qu'il avait lui-même empruntée à Delphine et Nicole en y rajoutant sa patte, que j'ai ensuite bidouillée à ma sauce.
Bel exemple d'appropriation culturelle positive !


Ma première lecture de l'année qui va s'avérer être aussi mon plus gros pavé de l'année. Nathan Hill - Les fantômes du vieux pays (Gallimard-2017)

Le livre le plus bref de l'année
40 pages poignantes. Mathieu Riboulet - Nous campons sur les rives Lagrasse, 7-11 août  (Verdier, 2018)

Le livre le plus dépaysant de l'année Ici, le dépaysement n'est pas géographique (la campagne anglaise) mais mental.
Une expérience singulière dont je suis sorti sans savoir si j'avais aimé ou non.  Claire-Louise Bennett - Pond (Riverhead Books, 2016)

Le livre dont l’écriture m’a le plus ébloui  La force de suggestion de Lance Weller est intacte. Lance Weller - Les marches de l'Amérique (Gallmeister, 2017)

Le m…

Une photo vaut mille mots...

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...parait-il.  Tout est dit, donc. Rien à ajouter.

Récap décembre 2018

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Timothy B. Tyson - The Blood of Emmett Till (Simon & Schuster, 2017)
Warren Ellis - [Transmetropolitan] Année Un (Vertigo Essentiels, 2014)
Rebecca Dautremer - Les riches heures de Jacominus Gainsborough (Sarbacane, 2018)
William Stegner - Une journée d'automne (Gallmeister Totem, 2018)
Antoine Wauters - Moi, Marthe et les autres (Verdier, 2018)
Virginia Reeves - Un travail comme un autre (Stock, 2016)
Roxana Robinson - Georgia O’Keeffe: A Life (University Press of New England, 1989)

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Décembre a commencé plutôt poussivement ; plus par manque de temps qu'autre chose. Comme chaque année, les fêtes de fin d'année approchant, les clients réalisent que certaines dates buttoir incontournables doivent être respectées et se réveillent tous en même temps (c'est à dire au dernier moment, au mieux) pour fournir, enfin ! , les informations qu'on a pourtant  demandées depuis plus d'un mois,  indispensables à l'exécution du travail (et par expérience,…

Les marches de l’Amérique, Lance Weller

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Dans une région sauvage et quasi-déserte, appelée à devenir le Texas, que se disputent âprement le Mexique et les pas-encore-États-Unis, une carriole branlante s’aventure au milieu de nulle part. Sur le banc, à l’avant, deux amis d’enfance, Pigsmeat et Tom. À leurs côtés, Flora, une magnifique métisse fraîchement affranchie. À l’arrière, sur le plateau, une caisse sans couvercle où gît le cadavre d’un homme conservé dans du sel.

Bien avant que "The orange one" ne décide d’y dresser un mur, alors même que l’Union n’en était qu’à ses balbutiements, les terres frontières entre le Mexique et les États-Unis, les fameuses « marches » du titre du roman, étaient déjà sujet de conflit entre les deux pays.
C’est dans ce périmètre qu’évoluent Tom Hawkins et Pigsmeat Spence, des amis d’enfance séparés par les vicissitudes de la vie, celles-là mêmes qui les remet en présence l’un de l’autre des années plus tard. Taciturne et migraineux, Tom s’est forgé une réputation de tueur impitoyabl…

La seule chose qui soit sauvage en toi, à part tes manières, c’est ton odeur.

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Quand il leur arrivait de se parler, c’étaient des grognements et des bouts de phrases qui raccourcissaient tout mais pas ce qu’ils voulaient dire – la façon de communiquer des gens qui s’aiment ou de ceux qui se connaissent bien et qui partagent un langage bien à eux. (p. 82)

Est-ce que vous êtes véritablement mauvais, tous les deux ?
Tom et Pigsmeat se regardèrent pendant un long moment empreint de tristesse, puis ils sourirent ; Tom relevant les coins de sa bouche serrée et Pigsmeat étirant largement les lèvres, ce qui lui fendit le visage en deux et le fit ressembler à autre chose qu’un vilain lutin. Tom secoua la tête et contempla la rivière, puis il dit que, des deux, c’était lui le mauvais ; Pigsmeat était seulement celui qui sentait mauvais. (p. 306)


Des années plus tard, ils étaient devenus bien différents de ce qu’ils avaient été. Différents ou épurés, en quelque sorte, pour être plus conformes aux choses qu’ils portaient dans le cœur. Ensemble – toujours ensemble -, ils entamè…

There there, Tommy Orange

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Avant de propulser son lecteur dans son premier roman, Tommy Orange  prend le temps d’un prologue, dans lequel il dénonce l’image d’Épinal du bon indien, entretenue depuis des décennies par l’Amérique. Ce peau-rouge stoïque dont le profil a orné les pièces de 5 cents et a été présent sur la mire de la TV américaine jusqu’aux années 1970.
Ces fiers guerriers dont Hollywood n’hésitait pas à dénaturer la représentation en confiant les rôles à des acteurs blancs grimés, des figurants qui servaient avant tout de faire-valoir au valeureux héros blancs.
Il rappelle comment ces populations indigènes ont été décimées et spoliées par les colons, parquées dans des réserves puis incitées par l’Indian Relocation Act à s’installer dans les villes, à la fin des années 1950, donnant ainsi naissance à des générations d’Urban Indians, « indiens des villes », qui représentent aujourd’hui 70 % des Native Americans. Une hérésie pour ces peuples dont la spiritualité est fondamentalement liée à leur envir…