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Affichage des articles du novembre 17, 2018

Le discours, Fabrice Caro

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Ce n’est généralement pas bon signe quand votre conjoint(e) vous propose de « faire une pause ». Neuf fois sur dix, la pause qui, étymologiquement est momentanée, devient permanente. C’est une façon lâche polie de signifier à l’autre que la belle histoire d’amour est arrivée à son point de non-retour. Sauf qu’Adrien, la quarantaine pas vraiment rugissante, veut encore y croire et ne peut se résoudre à ce que son histoire avec Sonia soit terminée.

Mais pour le moment, Adrien est coincé à table, chez ses parents, en compagnie de sa sœur et de son futur beau-frère, Ludo. Déjà qu’en temps normal, les repas familiaux tournent vite au supplice, celui-ci lui est encore plus insupportable, tant il est fébrile d’attendre une réponse de Sandra au texto qu’il n’a pu s’empêcher de lui envoyer, brisant ainsi le cycle de trente-huit jours de pause.
Compte tenu du temps que met Sonia à lui répondre, il se demande s’il n’a pas fait une (nouvelle) boulette en envoyant à sa belle ce court message qu’i…

« Je suis celui qui ne vient pas par deux, je ne suis qu’une moitié d’entité »

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L’amour, c’est mieux à deuxJ’avais alors réalisé que je tenais à la main un CD des meilleurs tubes de Claude Barzotti, et il était impensable que cette fille me voie avec un CD des meilleurs tubes de Claude Barzotti à la main [...]. Dans un réflexe de panique, je l’avais glissé dans mon sac et avais attrapé au hasard un livre à feuilleter pour me donner une certaine contenance. C’était un recueil de poésies format poche, L’accent grave et l’accent aigu de Jean Tardieu, je l’avais ouvert au hasard aussi, lisant et relisant les trois mêmes vers, Pleuvoir n’est pas mentir / Sauver n’est pas dissoudre / Gravir n’est pas renaître, et je ne comprenais rien à ces vers, mais on ne demande pas à la poésie d’être comprise mais d’être ressentie, et d’imprimer à celui qui la lit un air pénétré, lointain, absent au monde des vivants. J’avais levé les yeux, encore tout empli de l’insondable profondeur des vers de Jean Tardieu, alors qu’elle était à peine à un mètre de moi, timing parfait, et nos re…