Récap novembre 2016


Petit mois accaparé en grande partie par un pavé décevant et qui se termine sur un roman qui porte à confusion, finalement plus frustrant qu’enthousiasmant…


Benjamin Woods - Le complexe d'Eden Bellwether (Zulma-2014)
Eden est-il comme il le prétend le brillant génie qui peut soigner les gens grâce à la musique et à l'hypnose ou est-il tout bonnement un fou, victime de délire mégalomaniaque ?
Campus novel teintée de manipulation mentale, Le complexe d’Eden Bellwether se lit sans déplaisir, malgré quelques longueurs, mais sans surprise. Un peu déçu car j’en attendais plus. Quoi qu’il en soit, c’est moins pénible que Le Maitre des illusions, de Dona Tartt duquel on peut le rapprocher.

« On garde parfois rancune à quelqu’un pendant si longtemps qu’on ne sait même plus pourquoi. Et soudain, la moitié d’une vie a passé et il ne vous reste plus qu’un poing vide et beaucoup de regrets. »

« Il n’avait pas honte de ses parents, mais il ne voulait pas être comme eux. Il n’avait pas honte de l’endroit où il avait grandi, mais il ne voulait pas y retourner. C’étaient les pôles de son cœur. Il ne pouvait pas plus les concilier que les expliquer à Iris. »

« Elle avait beau jeu de lui dire ces choses, de lâcher des phrases toutes faites comme Fais ce qui te rend heureux, comme si le bonheur et l’épanouissement pouvaient s’obtenir d’un claquement de doigts. Pour Iris, le monde était absolument dénué d’ambiguïté, et l’on pouvait tout réussir, avec un peu de persévérance ou de bonnes relations. L’échec ne lui faisait pas peur, car son héritage était là comme un matelas pour amortir la chute. La maison dans laquelle elle vivait était la sienne, achetée et payée par des parents qui dépensaient plus d’argent en cognac que la plupart des gens n’en disposaient pour leur retraite. »

« Dès que tu t’abandonnes à l’espoir, la route est longue pour recouvrer la raison. »



Steve Weddle - Le bon fils (Gallmeister NeoNoir-2016)
L’Amérique rurale profonde, les répercussions des guerres d’Irak, d’Afghanistan…, la récession comme source de surendettement qui lui-même génère une montée de la délinquance, des trafics en tout genre et des règlements de compte qui vont avec…
« Une écriture éblouissante, The New York Times » hurle le bandeau promotionnel qui ceint le livre. Effectivement, la prose de Weddle offre de belles fulgurances. Ce qui pèche selon moi, c’est la structure générale. Comme si Weddle avait écrit une novella (en l’occurrence, Moisson, le texte le plus long qui clôt le livre) qu’il aurait agrémenté dans un second temps de nouvelles qui se répondent de plus ou moins loin, comme autant de chapitres, pour livrer un roman… qui n’en est pas vraiment un. Alors, roman choral ou recueil de nouvelles ? Difficile à dire.
Nombreux, les personnages se croisent d’une nouvelle à l’autre, certains sont récurrents, d’autres ne font qu’une apparition fugace. Ils sont parfois désignés par leur nom, parfois par leur surnom, parfois pas nommés du tout. Pour ajouter à la confusion générale, la narration se fait indifféremment à la première personne ou à la troisième, selon les textes, sans que l’on sache clairement à chaque fois de qui il s’agit. Une liste des personnages en début d’ouvrage, avec les liens qui les unissent les uns aux autres, aurait peut-être contribué à clarifier les choses…. Un beau personnage central : Roy Allison, qui tente du mieux qu’il peut de sortir des griffes de la banque sa grand-mère endettée qui l’accueille depuis sa sortie de prison.
Une belle écriture mais une structure brouillonne qui gâche tout. Dommage. Auteur à suivre.

« (…) tout le monde pense à ses racines. Veut les retrouver. Mais une fois que tu reviens, tout a été coupé. »

« (…) dans une zone urbaine, les gens vont et viennent et peuvent se recréer une nouvelle identité vingt fois par jour. Tandis que dans l’Amérique rurale, tout le monde connaît ton histoire et l’histoire de tes parents. »

« Le problème, c’est qu’on ne sait pas vraiment quel choix va nous aider, et lequel va nous enfoncer. J’aurais beau faire cinquante choses différentes en ce moment, rien ne pourrait me dire laquelle est la bonne.
[…] À un moment, ce qu’on fait ne compte plus. On est allé trop loin, peu importe la voie qu’on suit – ce ne sera que de mauvais choix. Il y a des jours où on fait juste ce qu’on a appris à faire, ce qu’on a fait toute sa vie. […] Quand tout le monde sait ce que vous avez fait, quel genre de personne vous êtes. Vous êtes dans le noir, tout seul. À Haven House, ils disaient qu’on pouvait savoir si vous êtes quelqu’un de bien en voyant comment vous vous comportez à un feu rouge à 3 heures du matin, avec personne autour de vous. Est-ce que vous suivez les règles quand on ne vous regarde pas ? J’ai demandé à la femme qui me posait la question pourquoi j’étais dehors, tout seul, à 3 heures du matin. Elle m’a répondu que ça n’avait pas d’importance. Mais ça en a. Pourquoi on se retrouve au milieu des ténèbres, c’est ce qui compte le plus, je lui ai dit. Pourquoi on est seul. Elle a écrit que je refusais de répondre.
Vous arrivez à ce moment-là, à ce feu rouge. Que vous passiez ou pas, ce n’est peut-être pas ça qui compte. Peut-être que ce qui compte, c’est que vous avanciez, que vous continuiez d’avancer dans une direction jusqu’au matin. Parce que vous avez un endroit où aller. Et peut-être qu’elle avait raison. Peut-être qu’on s’en fiche de savoir pourquoi on est dehors à 3 heures du matin. Peut-être que ce qui compte, c’est où on est quelques heures plus tard. Peut-être que c’est ça qui nous rend meilleurs. Et non pas ce qu’on était en train de faire au milieu de la nuit à Bradley. Ce qui compte, c’est qu’on était en train de rentrer chez soi. »

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