Appelez-moi Nathan, Catherine Castro & Quentin Zuttion

La puberté, passage délicat s’il en est, où il faut apprendre à composer avec les transformations de ce corps que l’on croyait connaître, qui vous font passer du monde l’enfance à celui des adultes, sans que la psyché suive pour autant.
Lila n’y échappe pas, qui voit avec effroi sa poitrine se développer. Ses seins, elle les cache comme elle peut sous d’amples t-shirts piqués à son frère ; cet été-là, sur la plage, pas question qu’elle se mette en maillot de bain.
Cette transformation physique est d’autant plus difficile à vivre pour Lila que d’aussi loin qu’elle se souvienne, jamais elle ne s’est sentie « fille ». La puberté qui lui tombe dessus cristallise la gêne diffuse qu’elle a toujours ressentie de ne pas être à sa place, que ce corps qu’elle habite n’est pas le sien, qu’il y a eu erreur à la livraison.
Adopter une coupe de cheveux courts ne suffit pas. Son mal-être empire, qu'elle ne sait comment exprimer autrement qu’en se mutilant. Contrairement aux amis de Lola qui l’ont assimilée naturellement à un garçon, ses parents ne voient d'abord dans l’attitude de leur fille qu’une phase difficile de l’adolescence :
« – Ma chérie… qu’est-ce qui se passe ? Tu veux devenir un garçon, c’est ça ?
– Ma ta gueule ! Tu ne comprends rien ! Je suis un garçon ! Un garçon !!! Vous m’avez fait des seins pourris et une voix de merde !!! J’suis pas une fille !!! Vous n’avez pas de fille. »

Commence alors la transition de Lola à Nathan, et avec elle un parcours (psychologique, médical et administratif), long et éprouvant. Mais dans ces épreuves, Nathan peut compter sur le soutien indéfectible de ses amis, plus particulièrement sa petite amie Faustine, et de ses parents.

« Quitte à devenir quelqu’un, autant que ce soit vous-même. »
On l’aura compris, Appelez-moi Nathan est un roman graphique sur la dysphorie de genre et la transidentité. Mais j’y ai surtout vu une histoire de quête identitaire, de différence et de relation aux autres.
Quiconque aura éprouvé dans sa vie le sentiment d’être en décalage avec son environnement, de ne pas se sentir pleinement soi-même, ni à sa place, se retrouvera à coup sûr dans Lola/Nathan, dans sa détresse, ses questionnements et son besoin viscéral d’être enfin la personne qu’il est vraiment et pas celle que les autres voient (ou voudraient voir) en lui. Indépendamment du genre ou de la sexualité, l'acceptation de soi n’est pas donnée à tout le monde. Certains meurent sans avoir jamais réglé la question.
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Ce très beau livre a de nombreux atouts pour lui.
Tout d’abord sa forme, certainement plus attrayante (et moins intimidante) qu’un roman pour le jeune public auquel il s’adresse en priorité. Le langage, actuel et direct, sonne juste. Les thématiques annexes – réseaux sociaux, omniprésence des smartphones, scarification, sexisme, virilité... - sont elles aussi bien ancrées dans l’époque et la génération du moment. S’il est raconté du point de vue de l’ado, le récit n’occulte pas pour autant les conséquences que la situation impose à son entourage - parents, famille, amis... - , enrichissant par-là même la réflexion.
Sans minimiser la violence inhérente à certaines situations, la narration est empreinte de tendresse et de sensibilité, atmosphère renforcée par les délicates illustrations de Quentin Zuttion à l’aquarelle (à quelques rares et délibérées exceptions près).
Pour le personnage de Nathan, Catherine Castro s’est inspirée de Lucas, le fils d’un couple de ses amis. Lucas a la chance d’appartenir à une famille tolérante, compréhensive... et aisée. Autant de privilèges qui vont lui épargner quelques douleurs supplémentaires et faire tomber d'office certains des obstacles que rencontrent la plupart des personnes dans une situation similaire dont le parcours est plus compliqué et plus éprouvant. Du coup, on pourrait croire ici que la transition n'est, ou presque, qu'une formalité.

Malgré cette infime réserve (et l’aspect pédagogique un peu trop soutenu à mon goût), je recommande chaudement, aussi bien aux ados qu’aux parents, ce récit délicat.
Aux uns, en plein doute sur leur moi profond, il saura apporter des ébauches de réponses à leurs questionnements. Auprès des autres, il plaidera pour l’ouverture d’esprit et la lutte contre les préjugés.

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« Les deux auteurs abordent la transidentité avec beaucoup de subtilité et de tendresse. [...] Une très belle bande-dessinée qui aborde un sujet encore tabou aujourd’hui. Cette fiction, tirée d’une histoire vraie, traite avec intelligence et sensibilité des personnes transgenres et de la transition, une étape difficile à vivre. À lire sans hésitation ! »   Mes Échappées Livresques

« Une histoire vraie décrite avec pudeur et respect, sans voyeurisme sans pour autant nier les difficultés de la transition. [...] Une histoire d’identité, de recherche de soi et d’accomplissement. Une histoire de renaissance grâce au combat de Nathan pour être lui-même. »   Mes Pages Versicolores

« Aborder le thème de la transidentité est plus que délicat. Le rendre accessible au plus grand nombre, y compris aux adolescents, est un sacré pari relevé haut la main. Appelez-moi Nathan est l’histoire toute simple d’un garçon né dans le corps d’une fille. Et c’est à lire… »   Noukette

« Cette bande dessinée est un vrai roman, un roman graphique, une quête sur l’identité propre, sur ces questions et ce raisonnement qui pousse à devenir soi –même et au-delà de ce qui a été donné, l’inné et l’acquis. L’identité. Car au-delà de la recherche de genre c’est bien de cela que parle «Appelez-moi Nathan ». L’identité pure. Celle avec qui on nait, est, devient. Et cette quête éperdue peut devenir concrète, non plus chimère ou rêve transgenre, transsexuel, mais simplement soi. »   Sabeli

« Une BD qui gagnera à être lue par le plus grand nombre : trop de violences (morales comme physiques) sont encore commises contre les homosexuels, les transsexuels. La lutte contre les préjugés, contre la peur d’un autre différent de nous est encore un combat long à mener. Ensemble. »   Stéphie 


Catherine Castro & Quentin Zuttion - Appelez-moi Nathan (Payot Graphic, 2018)

Commentaires

  1. Je viens de le lire et j'ai été très touchée. J'ai eu un peu la même impression qu'en lisant "la différence invisible" d'apprendre des choses de l'intérieur, d'être sensibilisée à un sujet mal connu et de lire un livre sur la tolérance.

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    1. Déjà que c'est douloureux de ne pas comprendre la façon dont tu fonctionnes..., je ne veux même pas imaginer la souffrance que doit être le sentiment d'être prisonnier d'un corps qui n'est pas le tien.
      Bizarrement, bien que moins directement concerné, je me suis plus retrouvé dans Appelez-moi Nathan que dans La différence invisible.

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  2. j'ai vu plusieurs documentaires sur des familles américaines (qui acceptaient très bien le choix de leur enfant) et les réserves des médecins français (contre certains traitements avant l'âge de 16 ans...)
    du coup si je le croise à la bibli, je le prendrais

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    1. J'ai effectivement lu plusieurs articles sur de jeunes enfants aux USA ayant fait le choix de vivre selon des codes qui ne correspondent pas au genre qui leur a été attribué à la naissance, dont l'un a fait la couverture du National Geographic.
      Mais avant d'être l'histoire d'une transition, cette BD est d'abord une belle histoire sur la différence et la tolérance.

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  3. J'ai déjà repéré cette BD sur les blogs. Le sujet m'intéresse.

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    1. Le sujet est intéressant tout autant que troublant, en ce sens qu'il remet en perspective des notions que l'on pensait immuables et incite à envisager les choses d'une manière totalement neuve.

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  4. Noukette me l'a offert, il ne me reste plus qu'à le lire. Pas à dire, elle a bon goût^^ (mais je suppose que tu n'en doutais pas...).

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    1. Effectivement, tu ne t'es pas accointé avec la moins experte des blogueuses ;-D

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