Everybody's Fool, Richard Russo



Des cercueils qui refont surface à l’autre bout de la ville, un dangereux cobra qui fait l’école buissonnière, une énigmatique télécommande de garage, un téléphone en connexion directe avec les morts, une odeur nauséabonde qui empeste la ville...
En ce week-end caniculaire du Memorial Day, il s’en passe des choses bizarres dans la petite localité de North Bath, New Jersey, déjà peu gâtée par le sort. Contrairement à Schuyler, sa prospère voisine, Bath n’en finit plus de dépérir, depuis que ses sources thermales se sont taries au siècle précédent. Entre temps, la crise est passée par-là, laissant inachevé le parc d’attraction censé redynamiser l’économie locale. Laissant de même les usines locales et les habitants sur le carreau.

Justement, parlons-en, des habitants. Ils ne sont guère plus reluisants que Bath elle-même.
Si on le cherche, on est sûr de trouver Sully le cul vissé sur un tabouret du bar de Ruth, son ancienne maîtresse. Le septuagénaire, à qui son cardiologue a donné deux ans maximum avant de casser sa pipe, est toujours accompagné de Rub, son inséparable cabot dont les principaux défauts sont de se mâchouiller le pénis à longueur de temps et de porter le même prénom que le comparse de Sully, agent d’entretien de la voirie bègue.
Dépressif, le chef de la police locale, Douglas Raymer, n’arrive pas à se consoler de la mort de sa femme qui s’apprêtait pourtant à le quitter pour un autre. Alors qu’il cherche à découvrir l’identité de cet homme, il va avoir fort à faire entre les méfaits d’un délinquant tout juste sorti de prison, les magouilles d’un promoteur ripou obsédé par le coup de mou qui frappe sa vigueur sexuelle, et un maire qui semble fomenter un coup dans son dos.
Pour l’épauler, Raymer devra compter sur ses coéquipiers : Miller, novice peu dégourdi ; Charice, jeune collègue noire qui ne s’en laisse pas conter et dont il est secrètement amoureux ; et Jerome, le frère d’icelle, maniaque pathologique qui n’aime rien plus que sa Mustang rouge et l’usage scrupuleux du vocabulaire.

Condensé sur 48 heures, le déluge de péripéties tout aussi désopilantes et singulières que la galerie de personnages fait de Everybody’s Fool/À malin, malin et demi une lecture jouissive, endiablée et bourrée d’humour (souvent noir).
Au-delà de sa drôlerie, ce récit est surtout une chronique sociale dans laquelle Russo aborde des sujets aussi graves que le deuil, l’amour, le chômage, la vieillesse ou les violences conjugales.
Incarnés et dotés d’une vraie complexité, les hommes sont le plus souvent défaillants et vulnérables, les femmes fortes et déterminées. À une exception près, il n’y a pas d’un côté les bons, de l’autre, les méchants ; tous ont leurs forces et leurs faiblesses, ce qui les rend d’autant plus humains et touchants.
On sent de la part de l’auteur une vraie tendresse pour tous ces représentants de l’Amérique profonde. Et si certains, parfois, prêtent à rire, son ton n’est jamais moqueur.
Avec ses dialogues aux petits oignons et sa narration à la vitesse de la lumière, Richard Russo a encore fait mouche.

Ingannmic, avec qui je partage cette lecture commune, a également été emballée par ce roman... à tel point que le premier "volet" de ce roman, Nobody’s Fool/ Un homme presque parfait, fera bientôt l’objet d’une nouvelle LC !


Everybody’s Fool - Extraits

*   *   *   *   *   *   *   *   *   *   *   *

« J'ai beaucoup aimé "À malin, malin et demi" pour son humour mais je le trouve un cran en-dessous par rapport à "Un homme presque parfait". Il y a de (toutes) petites incohérences entre les deux récits (dans la biographie de certains personnages) qui m'ont un peu déçu... c'est pourquoi je déconseille de les lire à la suite l'un de l'autre (ce que j'ai fait) alors que les deux livres peuvent parfaitement se lire indépendamment l'un de l'autre. »  Bono Chamrousse

« Richard Russo aime ses personnages (et aime les malmener) et s’y entend comme personne pour raconter une bonne histoire, en se payant même le luxe de nous égarer dans nos supputations. Un roman qu’on aimerait faire durer des heures et des heures pour ne jamais quitter son ambiance ! » Cuné 

« Un bal des médiocres où chacun tient son rôle à merveille, où chacun enchaîne les humiliations et les regrets sans repentir. J’ai rarement vu un roman aller aussi loin dans le pathétique, un pathétique qui nous laisse à la fois désolé et mort de rire, effaré et goguenard. Du grand art malgré une fin trop bisounours et positive par rapport au reste, à la limite de la faute de goût. Pas de quoi effacer pour autant l’immense plaisir de lecture que m’a procuré cette balade dans les rues de North Bath. »  
Jérôme


« L’humour de Richard Russo se conjugue toujours d’une grande tendresse pour ses personnages, qu’il rend particulièrement vivants et sympathiques, malgré ou à cause de leurs déboires. Les six cents et quelques pages de ce roman m’ont accompagnée lors d’une semaine de vacances, et ce fut un très grand plaisir de lecture ! »   Kathel

« Les 611 pages filent toutes seules, les situations parfois improbables s'imbriquent parfaitement et le lecteur -moi en tout cas- s'amuse bien avec ces personnages sympathiques (sauf peut-être le premier 'mari ' d'Alice et celui de Janey). »   Keisha

« Richard Russo a une infinie tendresse pour ses personnages, même quand il les malmène. Il dresse une belle galerie d'obsédés, d'alcoolos, d'escrocs, de prolétaires épuisés par la bière et la chaleur, tout une humanité cabossée mais pleine d'entrain, et parfois de folle générosité, qui m'a fait penser au Steinbeck de Rue de la sardine. »   Papillon


Richard Russo - Everybody's Fool (Knopf, 2016)

Commentaires

  1. Oh oui, un plaisir partagé, j'ai adoré... quand je lis l'extrait du billet de Bono Chamrousse qui le trouve "en-dessous" d'Un homme presque parfait, je me réjouis d'avance !!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est exactement ce que j'ai pensé en lisant son appréciation :)

      Supprimer
  2. J'adore Richard Russo, particulièrement ce roman, Quatre saisons à Mohawk et Le déclin de l'Empire Whiting, mais d'autres sont très sympas aussi, et également ses nouvelles...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'ai adoré Le déclin de l'Empire Whiting aussi. Même si l'intrigue et les personnages sont différents de celui-ci, j'ai trouvé les atmosphères assez semblables. Je serais curieux de voir s'il peut sortir complètement de ce cadre de ville de banlieue en déclin...

      Supprimer
  3. De quoi prendre une baffe à Bath ... Désolée je voulais la faire celle-là ;-)
    Bisous merci pour le conseil de cette lecture !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tu jongles avec l'humour polyglotte, à ce que je constate !!! :D
      Russo a de grands atouts pour te plaire, je suis sûr.
      Bises

      Supprimer
  4. Je veux me joindre à vous pour "Un homme presque parfait". Il est plus que temps que je mette mon nez dans son oeuvre. J'attendrai votre signal!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est génial ! Welcome to the club !
      Un peu "refroidi" par Bono qui conseillait de ne pas enchaîner les deux romans à la suite, on a décidé de concert avec Ingannmic de laisser passer un peu de temps pour attaquer Un homme presque parfait.
      Si tout se passe comme prévu, la LC devrait se faire vers la fin de l'année. SI ça te va, tu es plus que bienvenue. Ingannmic nous donnera le top départ :)

      Supprimer
  5. Je crois n'avoir lu qu'un titre de l'auteur il y a longtemps. Celui-ci m'attend ( un coup de Bono ;)), ton billet est motivant.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Est-ce que le "coup de Bono" est une forme littéraire de "coup de Jarnac " ? :D :D
      Bono est de bon conseil, elle te connaît bien, tu la connais bien. A priori, tu peux te lancer les yeux fermés.

      Supprimer
  6. Mince, en voyant les titres différents chez Ingannmic et toi, je pensais que vous étiez parti sur une LC auteur et non une LC roman de l'auteur, du coup, j'envisageais de vous rejoindre à la prochaine LC Russo mais avec ce titre qui me tente bien à la lecture de vos billets. Bon tant pis, je le lirai en solo (d'ailleurs je suis de moins en moins fiable pour tenir les dates de LC^^).

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je me permets de répondre... (@The Autist : j'espère que cela ne t'ennuie pas !...)
      Le titre que l"on a prévu de lire plus tard met en scène certains des personnages d'A malin, malin et demi, et est antérieur à ce dernier, tu peux donc très bien participer à la LC d'Un homme presque parfait et lire A malin.. plus tard, c'est même plus logique de le faire dans cet ordre ! Et sinon, tu peux très bien te joindre à nous mais lire un autre titre de l'auteur..

      Supprimer
    2. @Ingannmic : Tu es plus réactive que moi et tu as rudement bien fait de répondre.
      @A_girl_from_earth : Ingannmic a déjà tout dit. Je pense également que, quitte à commencer le diptyque, autant le faire dans "l'ordre" chronologique de parution et d'intrigue. Mais c'est toi qui vois, si tu préfères commencer par A malin malin et demi, il n'y a pas de problème.
      En tout cas, je suis heureux que tu te joignes à nous. Avec @Marie-Claude, on se retrouve à 4. C'est une première pour moi !

      Supprimer
    3. J'ai hésité aussi à commencer par le premier (et j'hésite toujours) mais le côté plus contemporain du contexte de l'histoire du deuxième m'attire davantage. Vos billets donnent envie en plus. Au pire je pourrais faire comme vous et lire le premier par la suite.:)

      Supprimer
    4. Là, tu es la seule juge.... Si jamais tu es tout de même partante pour la LC de fin d'année, tu sais quoi faire :D

      Supprimer
  7. Je lirai un jour Russo ! Si, si !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il y a tant d'auteurs pour lesquels je me dis la même chose... depuis des années ;)
      Si un LC vers la fin de l'année te dis, tu peux nous rejoindre... Je dis ça, je dis rien, je ne veux surtout pas t'obliger.

      Supprimer
    2. Yesssssssssssssssssssssssssss !!! :D

      Supprimer
  8. Cette fin quand-même, elle est en décalage avec le reste. C'est dommage mais ça n'enlève rien à l'immense plaisir de lecture que j'ai eu avec ce roman. Et un homme presque parfait est excellent aussi !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Honnêtement, ça ne m'a pas gêné... Je pense que vu le contexte un peu barré, la crédibilité de l'issue avait finalement peu d'importance.

      Supprimer

Enregistrer un commentaire

Si le post auquel vous réagissez a été publié il y a plus de 15 jours, votre commentaire n'apparaîtra pas immédiatement (les commentaires aux anciens posts sont modérés pour éviter les spams).