À la ligne, feuillets d’usine, Joseph Ponthus



« Un magnifique hommage à tous celles et tous ceux dont c’est la vie, les intérimaires des usines, ces personnes trop souvent oubliées et non considérées. Cet OVNI littéraire est un uppercut par sa puissance, sa singularité et sa beauté douloureuse. Il se lit, se relit et laisse une empreinte durable dans le cœur et dans l’esprit. Un coup de cœur entier et total ! »   Clara

« Livre miracle pour l'auteur, qui trouve dans l’écriture une formidable échappée à ses journées sans fin et sans répit mais aussi pour le lecteur, qui ne tient pas souvent entre les mains de tels ovnis littéraires. C'est peu dire que j'ai été touchée par le passage de l'auteur à la Grande Librairie et plus encore par ce bouquin étincelant qui m'a totalement embarquée. »   Comète

« Ce premier roman m'a un peu décontenancée quand je l'ai commencé et puis, au fur et à mesure que j'ai avancé dans ma lecture, j'ai été conquise. En effet, A la ligne est une sorte de long poème en prose et parfois en vers qui évoque la vie à l'usine, les tâches harassantes et répétitives à la ligne. […] La langue est vraiment magnifique. »   Dasola

« En rassemblant ces bouts d'insignifiance qui donnent du sens aux heures, Joseph Ponthus nous rappelle s'il en est besoin du pouvoir magique de la littérature comme un chant intérieur qui "enchante" les jours. »   Hélène

« Un premier roman qui m’a particulièrement touché pour un tas de raisons qui ne regardent que moi. Je n’avais rien lu d’aussi beau sur le monde ouvrier d’aujourd’hui depuis les superbes Chroniques des années d’usine de Robert Piccamiglio publiées il y a vingt ans chez Albin Michel. C’est une évidence, Ponthus est un digne héritier de la littérature prolétarienne chère au cœur de Michel Ragon (dont je peux que vous conseiller l'indispensable Histoire de la littérature prolétarienne de langue française). Une littérature que j’ai beaucoup étudiée à la fac et qui n’a jamais cessée de me passionner depuis. »   Jérôme

« Hantée par son histoire, hantée par son regard. Voilà l'état dans lequel je ressors de ce livre, presque inqualifiable tant tout sonne juste. Un livre dans lequel nous devons trouver notre place, notre souffle dans ces lignes sans ponctuation. Un livre fin, non dénué d'humour, de jeux de mots. Un livre qui parfois m'a donné des hauts le cœur quand il fut question de l'abattoir. Qui m'a donné envie de stopper toute bonne grillade, petite nature que je suis. »   L’Ivresse Littéraire

« Qu’ajouter à ce tout ce qui a déjà été dit sur ce premier roman exceptionnel, dans le choix de son écriture, entre prose poétique et vers irréguliers, ce long souffle qui en dehors des citations ne contient pas de point, qui décrit la dureté du monde ouvrier, la précarité des postes d’intérimaires, le mépris de classe, au sein d’une conserverie de poissons ou d’un abattoir. Au rythme de la chaîne, la beauté des mots surgit de la violence de l’usine. »   Laure

« Cette prose-là fait des merveilles, impose sa cadence à travers la voix lucide et franche d’un homme pudique qui vous prend aux tripes. C’est d’une beauté brute, brutale, étourdissante, sans pour autant bouder le sensible ni l’ironie. Cela sonne et résonne/raisonne juste. »   Moka

« Ce récit est très fort, bouleversant. Je veux dire qu’on en sort transformé. Autre. Car maintenant on sait. L’enfer de l’usine. »   Noukette

*   *   *   *   *   *

Exceptionnellement, plutôt que de les recenser à la fin, j’ai choisi d'ouvrir ce billet par des extraits d’avis tirés de blogs que je consulte fidèlement.
La raison ? Montrer le gouffre abyssal entre la réception générale d’À la ligne et la mienne. Même la presse, de tout bord, du Figaro à L'Humanité, en passant par Télérama, La Croix ou L’Usine Nouvelle, est unanime pour saluer la prouesse de Joseph Ponthus.
J'ai eu beau passer des heures à parcourir la Toile, pas moyen de trouver un avis qui serait au minimum mitigé. Et ce n’est certainement pas le chapelet de prix qui lui ont été décernés (Grand Prix RTL/Lire 2019, Prix Régine Deforges 2019, Prix Jean Amila-Meckert 2019 et Prix du premier roman des lecteurs de la Ville de Paris 2019) qui va m'y aider.

À croire que je n’ai pas lu le même livre.
Plus exactement, je pense que je n’ai pas fait la même lecture de ce livre. J’en ignore la raison profonde mais, tous les aspects d’À la ligne, feuillets d’usine qui ont suscité l’admiration des lecteurs sont justement ceux qui m’ont dégoûté (ce qui est bien la seule émotion que j’ai ressentie).
Je ne doute pas que la réaction proprement viscérale que j’ai eue à la lecture de ce livre paraîtra excessive à plus d’un, au mieux jettera l’ombre de la suspicion sur tout ce que j’ai pu raconter jusque-là, au pire me vaudra d’être insulté, honni, voire banni à jamais. Tant pis, c’est ainsi que je l’ai ressenti au plus profond de moi.



Il revient souvent dans les articles qui lui sont dédiés que Ponthus s’inscrit dans la tradition de la littérature prolétarienne. Là, je m’interroge : ces quelques années où j’ai travaillé en grande surface pour rembourser mon prêt étudiant font-elles de moi un prolétaire ou, à défaut, m’autorisent-elles à parler au nom des « petites gens » ? Honnêtement, je ne le pense pas. Même si je suis d’extraction sociale modeste, je n’oserai leur usurper ce statut.
Et c’est là, au fond, tout ce que je reproche à l’auteur, ce défaut sous le prisme duquel j’ai reçu ce texte et qui n'a fait que se renforcer au fur et à mesure de ma lecture : à mes yeux, Joseph Ponthus est un imposteur. J’ai trouvé déplacé, voire prétentieux, de sa part, sa formation en Lettres et ses deux (uniques) années d’intérim en poche, de se réclamer du prolétariat, de sa poser en héraut défenseur du « petit peuple ». En fait, il n’est qu’un observateur qui, du haut de sa culture, se contente d’observer et de partager sa seule expérience de l’usine. Ce n’est pas rien, certes, mais c’est loin d’être significatif.
Quitte à lire sur la vie à l’usine, j’aurais préféré entendre la voix d’un « vrai » ouvrier, celui qui y travaille depuis plusieurs décennies, qui y a fait entrer certains membres de sa famille… Comment vit-il la vie à l’usine, celui qui, sans bagage, est appelé à y faire sa carrière et n’est pas seulement là de passage ? Celui qui peut parler pendant des heures avec fierté de son savoir-faire, des pièces qui sortent de sa machine. Pour avoir longuement échangé à de multiples reprises, à titre personnel ou dans le cadre de mon métier, avec des salariés travaillant en atelier, j’en ai déjà une petite idée.

Je suis bien conscient de l’extrême pénibilité des conditions de travail (froid, odeurs, saletés...) qui ont été celles des différentes missions confiées à l’auteur. Mais que dire alors des métiers de caissière, de jardinier ou d’ouvrier de chantier ? D’éleveurs de bétail, du personnel médical, d'employés de la restauration qui, eux aussi nettoient la merde, travaillent sans relâche, même à des heures indues, les veilles de fêtes… Malheureusement, la pénibilité au travail n’est pas l’apanage de l’usine
C’est ce parti pris de réduire le monde industriel à cette image d’Épinal à la Zola qu’il nous ressert ici, celle de la force de travail asservie et abrutie par le capitalisme. J’ai trouvé malhonnête de sa part de faire de l’usine l’archétype de la souffrance au travail et le symbole de l’annihilation de l’individu, de l’esclavage moderne. Les relations avec ses collègues, les crises d’autorité mal placées des chefaillons, le mépris du travail accompli considéré comme dû, devoir travailler pour vivre… tout ce qui lui apparaît comme inhérent à l’usine n’est rien que le lot du monde du travail en général. À ma connaissance, on enregistre plus de suicides au travail dans les bureaux des multinationales que dans les ateliers d’usine.
Attention : ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : certaines des personnes (mais pas toutes, loin de là) avec lesquelles j’ai discuté préféreraient avoir un autre boulot, mieux payé, plus « glamour » (dans la représentation qu’ils s’en font), aux conditions de travail moins pénibles. Ce n’est pas pour autant qu’elles prennent leur poste chaque matin avec l’envie de se pendre. Et ceux-là, ce n’est certainement pas grâce à la poésie d’Apollinaire et consorts qu’ils s’évadent par l’esprit.

D’ailleurs, Joseph Ponthus a-t-il la moindre idée de ce à quoi pensent ses collègues, quelles sont leurs préoccupations ? J’ai eu l’impression qu’il y avait lui d’un côté, et une masse floue et informe de l’autre, avec laquelle il n’a pas énormément d’interaction ni de partage. J’ai ressenti tout au long de ma lecture de la part du narrateur une sorte de supériorité, ou tout au moins de détachement, de celui qui a conscience qu’il n’est pas à la place qui lui revient, et qui sait qu’il n’y restera pas. Et après le succès de son livre, il n’est pas près d’y remettre les pieds. Je serais d’ailleurs curieux de savoir si ses ex-collègues liront son livre et s’ils y reconnaîtront ce qu’ils vivent au quotidien.

En fait, j’ai lu ce livre comme j’aurais regardé (Dieu m’en préserve !)  un énième numéro d’un de ces magazines d’investigation racoleurs : « Un intellectuel à la découverte de la réalité du monde ouvrier ». Le monde ouvrier selon Joseph Ponthus, c’est comme les parisiens en villégiature qui découvrent la vie à la campagne le temps d’un week-end ou ces touristes qui traversent les bidonvilles dans leur car climatisé et qui rentrent chez eux en prétendant avoir touché la misère de près..



Ça c’était pour le fond. La forme est certes originale. Toutefois, une fois posé le « concept » du poème en prose déshabillé de toute ponctuation, la réalisation n’a rien de particulièrement compliqué si j’en crois les quelques chroniques Babelio rédigées sur ce modèle. Mais surtout, qu’est-ce que ça apporte de plus à la portée du même texte écrit dans une prose traditionnelle ? Le rythme y aurait-il perdu de son impact ?
Évidemment, dans mon profond agacement, je n’y ai rien vu d'autre qu'un exercice de style tendant à démontrer que son auteur a du style et des lettres. Et il est vrai que l’ancien Khâgneux maîtrise ses classiques. Les références ne manquent pas (je ne les ai d’ailleurs sûrement pas toutes relevées). Même la playlist qui tournait dans sa tête quand il travaillait sur la ligne est brillante : rien que du beau monde issu la Graaannnnde chanson française (Trenet, Barbara, Ferré), à peine une référence commerciale honteuse (Christophe Maé), histoire de se donner bonne conscience.
En revanche, côté jeux de mots, c’est moins brillant. Ses anciens collègues auraient certainement pu lui en souffler de moins faiblards qu'« en avant Marx » ou « road tripes ».



Mon irritabilité ne m’a pas quitté de toute ma lecture. Heureusement, le texte est court.
Me sentant en tel décalage avec mes semblables, j’ai cherché un moyen de me prouver  que j’étais dans mon tort, que je m’étais fait une fausse image de l’auteur et de ses intentions. Je suis donc allé visionner la prestation de Joseph Ponthus à La Grande Librairie, saluée par plusieurs personnes. Le hipster satisfait que j’y ai vu n’a pas infléchi un tant soit peu ma position.

Joseph Ponthus - À la ligne, Feuillets d'usine (La Table Ronde, 2019)

Commentaires

  1. Moi c'est l'inverse : je l'ai vu dans l'émission et j'ai aimé les passages lus. Ca m'avait donné envie de le lire

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    1. C’est le cas de figure le plus courant : plusieurs fois, j’ai eu le plaisir de découvrir un auteur suite à son passage dans une émission littéraire.

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  2. Je n'ai pas fait de billet sur ce livre parce que je ne savais pas me prononcer... Je ne sais pas si j'ai aimé ou pas.

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    1. Il n‘est pas nécessaire d’avoir un avis clairement tranché sur un livre pour en parler. Personnellement, j'aurais aimé savoir ce qui t’avait plu et ce qui t'empêchait de te prononcer clairement.

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  3. Au moins, cet avis est clair et net : je comprends tout à fait ça, lorsque l'auteur adopte un point de vue pas totalement honnête sur ce qu'il raconte, et qu'on en prend conscience, ça devient vite impossible à lire, ou très très énervant... ça n'est qu'une affaire de point de vue de lecteur aussi, mais tu es tout à fait en droit (et en devoir même) d'exprimer le tien !
    Bon, je ne me suis pas encore précipitée malgré les avis élogieux, et ne dois pas être la seule, donc ton ressenti est le bienvenu !

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    1. Il ne s’agit bien entendu que d’un avis personnel... plus que marginal ;)

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  4. Et bien dis donc, tu n'y vas pas avec le dos de la cuillère. Je te trouve très sévère. Mais je comprends aussi ce que tu as ressenti, il est parfois difficile d'être à contre-courant mais tu expliques parfaitement pourquoi. Rien à rajouter. Là, je fais partie des personnes qui ont aimé...

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    1. Ce n’est pas la première fois que je passe à côté d’un roman, mais généralement nous sommes une poignée contre le reste du monde. Cette fois, c’est complètement différent. J’ai l’impression d’être seul au monde, ce qui me pousse à m’interroger sérieusement sur ma faculté à « comprendre » ce que l’auteur a cherché à transmettre.

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  5. Quel billet constructif, qui apporte un autre point de vue.
    Je me faisais une joie de le lire (et le roman, et ton billet que j'attendais). Merci pour l'économie de sous et de temps!

    Le côté condescendant (tu parles de supériorité ou de détachement) me rebuterait au plus haut point. Voire m'enragerait. Et le côté «usurpateur» aussi. L'expérience vécu par le narrateur m'apparaît bien égocentrée. La «masse» penserait assurément autrement...

    Je fais souvent figure de mouton noir malgré moi devant un roman encensé par tous. Il m'arrive d'avoir l'impression de ne pas avoir lu le même livre qu'eux. Mais il suffit aussi, parfois, qu'un avis à contre-courant se pointe pour que d'autres suivent.

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    1. Un cas personnel ne fait pas une généralité. Je crois que toute cette histoire serait mieux passée si l’auteur avait annoncé clairement la couleur et s’était contenté de raconter son expérience.

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  6. Je n'en ai pas fait la même lecture que toi, même si je comprends parfaitement ton point de vue. Il m'a marquée surtout je crois pour ce qu'il dit des conditions de travail dans le secteur agro-alimentaire. Je ne l'ai pas pris pour un imposteur et j'ai pensé qu'il allait de soi que ce qu'il dénonçait concernait bien d'autres secteurs et ne datait pas d'aujourd'hui. Mais peut-être parce que c'est ce que j'avais en tête moi-même .. Là où je te rejoins, c'est qu'il savait qu'il avait les moyens d'aller ailleurs tôt ou tard, et ça change beaucoup de choses : http://legoutdeslivres.canalblog.com/archives/2019/05/29/37386214.html

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    1. Merci d’avoir rajouté un lien vers ton billet que j’avais zappé.
      C’est clair que les conditions de travail qui sont décrites sont difficilement acceptables et méritent d’être rappelées au plus grand nombre.
      C’est l’amalgame et la généralisation qui m’ont fortement gêné.

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  7. j'arrive après tout le monde - je n'avais aucune intention de le lire - d'abord parce que le sujet ne me tente pas. Pour aborder le monde du travail, je préfère nettement la forme orale - le documentaire et ainsi la parole est vraiment donnée aux ouvriers ;-) sinon, je trouve ton billet très constructif et vraiment réel (opposer le monde de l'usine à celui des bureaux n'a plus de sens - la pression /les burn-out,/ les suicides..) et la pénibilité se retrouve aussi ailleurs et tu le dis bien. Bon, tu sais je n'ai pas du tout accroché à la vraie vie ou aux romans d'elena ferrante que tout le monde a adorés et je m'en porte très bien !

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    1. Il m’est arrivé maintes fois de ne pas être dans la « mouvance » générale (le plus gros bug enregistré jusque-là était avec L’élégance du hérisson) et ça ne m’a pas plus embêté que ça. Dans le cas présent, c’est l’unanimité, tous bords confondus, qui me pose question.

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  8. Merci pour ce billet ! Tout ce que j'ai pu lire sur ce livre me tenait à distance, cette impression que tu décirs très bien " de magazine d'investigation racoleur ", le fond comme la forme, et la seule interview que j'ai pu voir de lui n'a fait que renforcer mon malaise.

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    1. Avant d’attaquer ma lecture, je n’avais lu ni vu aucune interview de l’auteur. Je pense que si je l’avais fait, je ne me serais pas aventuré plus loin.

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  9. Je ne peux parler du fond, n'ayant pas vraiment connu ce m onde ouvrier et n'ayant pas lu le roman, mais quant à la forme, elle m'a empêchée de lire le livre (si, j'avoue).

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    1. En tant que telle, la forme n’a pas gêné ma lecture plus que ça. J’ai juste trouvé que ça n’apportait pas grand-chose.

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  10. Ah, le voilà donc ce fameux titre à propos duquel tu es à contre-courant... je trouve cela plutôt rassurant, d'entendre une voix discordante parmi les éloges unanimes... il est déjà sur ma PAL, je me ferai donc ma propre idée. J'ai lu peu de romans sur la condition ouvrière, mais celui qui m'a le plus marquée, c'est "La jungle" d'Upton Sinclair, qui se déroule aux Etats-Unis au début du XX ème siècle. Mon père a été ouvrier d'usine toute sa vie (et délégué syndical à la CGT ayant vécu deux plans sociaux...), c'est un milieu qui m'est donc familier, même s'il a sans doute bien évolué depuis les années 80... En fait, je te rejoins sur la difficulté à définir ce qu'est aujourd’hui "le monde ouvrier" ou le "monde prolétaire". On ne peut pas en effet les cantonner aux petites mains de l'industrie, quasiment tous les secteurs ont leurs employés sous-payés, et comme maintenant, il ne suffit pas de travailler pour vivre décemment, on peut vite se retrouver dans les "basses couches" de la société (et là aussi, je l'ai vécu personnellement au début de ma vie d'adulte, je l'ai réalisé un jour en lisant dans une revue une enquête sur "les nouveaux pauvres", en constatant que nous vivions -ma fille, mon conjoint et moi- sous le seuil de pauvreté...).
    A voir donc, si M. Ponthus saura me convaincre !

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    1. J’aime bien, moi aussi, lire des avis discordants quand les retours sur un livre sont dithyrambiques. Sauf que là, en l’occurrence, je n’en ai pas trouvé une seule !
      Comme beaucoup, je trouve inconcevable qu’en 2019 il y ait encore des personnes qui travaillent sans pouvoir trouver un toit. Et je te rejoins quand tu dis qu’il suffit malheureusement de pas grand-chose pour qu’on se retrouve un jour à la rue...
      Je lirai ton avis sur ce livre avec intérêt.

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  11. Quelle coïncidence ! Je l'ai lu il y a peu et j'ai encore mon billet à rédiger mais non, non, je ne ferai pas partie des avis mitigés.;) Quoique j'ai beaucoup hésité dans mon ressenti où le plaisir de lecture ne s'alignait pas forcément à 100% avec mon admiration pour la forme (qui m'avait refroidie au départ), mais dans l'ensemble, j'ai plutôt aimé. Toute lecture est une expérience personnelle, une rencontre (ou non) entre le livre et le lecteur. Je trouve ça normal que suivant son vécu, ses principes, sa sensibilité, etc, nous n'absorbons pas un livre de la même manière ou qu'il n'évoque pas les même choses pour tout le monde. Je comprends ton point de vue, enfin, je comprends comment tu as lu ce livre et j'avoue que, sans porter cet auteur ni ce livre aux nues (mais j'ai quand même apprécier l'originalité de la forme et du fond), je n'ai pas eu la même approche que toi. Je n'étais pas aussi impliquée disons. Je l'ai lu juste comme l'ouvrage d'un type qui raconte une expérience personnelle particulière, qu'il n'aurait jamais dû vivre, parce qu'il en avait besoin - façon thérapie. J'ai plus eu l'impression que c'est son éditeur qui est repassé derrière lui pour lui faire arrondir les angles par moment.

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    1. J’ignore tout des cuisines de la publication de ce livre. Mais si tel était le cas, cela pourrait expliquer en partie ce sentiment de fausseté qui m’a mis la rate au court-bouillon.

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  12. Je dois justement parler de ce livre dans les jours à venir. Je n'en ai pas du tout fait la même lecture que toi et je ne me suis pas du tout intéressée aux propos de l'auteur dans les différentes interviews. Il m'est donc difficile d'argumenter par rapport à tes propos. Je l'ai lu comme un témoignage, une expérience personnelle, pas comme le reflet de la condition ouvrière. D'où notre différence de point de vue...

    Les propos que tu tiens au sujet de ta réaction raisonnent en moi. Il y a un livre de la RL -qui est encensé partout- pour lequel je n'ai même pas osé écrire d'article tellement je suis en décalage.

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    1. C’est bien dans cette optique d’une expérience personnelle que j’ai entamé ma lecture. Mais l’auteur endosse en cours de route un costume trop grand pour lui. C’est à partir de là que ma lecture a dérapé.

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  13. Mince alors ! Ca arrive d'être à contre courant !

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    1. Ça arrive, bien sûr. Mais on se retrouve rarement aussi seul... et ça fait peur ! ;)

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  14. Bof ! Cela nous arrive à tous des passer à côté d'un livre ou d'un auteur quand on entâme une lecture avec autant de réserve et d'à priori que toi. Ce n'est pas grave pour le reste du monde. Un vieil ami m'a avoué sur le tard regretter amèrement de n'être jamais allé voir le comédien Gérard Phlipe au Théâtre (ni au cinéma), parce ce qu'il avait appris dans les journeaux que l'artiste était de gauche (voire communiste). Je suis certain que beaucoup de dreyfusards ont regretté d'être passés à côté de l'oeuvre de Zola. On a les émotions qu'on peut.

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    1. Contrairement à ce que tu affirme, j’ai entamé ma lecture sans aucune réserve. Mes a priori sont apparus (rapidement) à la lecture du texte. Mais, je suis d’accord avec toi : ce n'est pas grave pour le reste du monde.
      Je voudrais tout de même rétablir une certaine vérité. Si j’en crois tes insinuations, sous prétexte que je n’adhère pas au propos du livre, je devrais être un « ennemi du peuple ». Ce n’est pas le cas, loin de là. Mais je sais me garder des dérives de l’esprit partisan et grégaire.
      Sinon, je trouve hardi le rapprochement que tu fais entre Ponthus et Zola.

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  15. Étant moi de ce monde là, ce monde de l'usine, des 3x8, des cadences et des douleurs dûes aux mouvements à répétition je trouve que ce lettré là en parle très bien. J'ai adoré moi qui ne suis qu'un représentant de la gente ouvrière.

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    1. Comme quoi j’avais tort de présupposer que les véritables ouvriers ne s’y retrouveraient probablement pas...

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  16. Votre critique est recevable, c'est un ressenti personnel. Chacun devrait pouvoir se faire sa propre opinion avant de rejeter cette lecture. Ce roman n'a aucunement la prétention de faire du Zola. Il n'omet pas les conditions de travail souvent pénibles et déplorables, mais ce n'est pas l'enjeu du livre. Ce livre est une sorte d'exutoire à ce travail à la chaîne, c'était un moyen de s'échapper , lui qui n'avait pas l'habitude de travailler dans cet univers. Malgré tout, il me paraît légitime dans le fait d'en parler, deux ans de conserveries et d'abattoir suffisent à avoir une vision objective. J. Ponthus ne pretend pas non plus s'ériger en porte-parole de la classe ouvrière. Il ne cache pas sa proximité et son affection pour elle. Ce roman est avant tout personnel, le témoignage d'une expérience personnelle. Pourquoi vouloir en faire un symbole politique ? Ce roman n'est pas non plus pessimiste, il chante ce monde ouvrier, un monde simple et humain malgré l'inhumanité des tâches à accomplir. Le roman de J. Ponthus est donc bien modeste et c'est sans doute ce qui a plu à tous ces gens qui en disent du bien. Et j'en fais partie. J. Ponthus parle de son expérience avec honnêteté et humilité, il garde contact avec ses camarades et une vie simple. Je pense sans aucune animosité à votre égard que vous vous êtes laissé influencer par les critiques élogieuses et que vous êtes passé à côté du vrai projet de l'auteur. Focalisé sur un message politique, vous avez gommé la dimension personnelle. J. Ponthus à des convictions politiques qu'il laisse transparaître dans son livre mais ce n'est pas vraiment son sujet.

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    1. Je voudrais d’abord vous dire que j’ai grandement apprécié que votre intervention soit constructive. Vous démontrez qu’on peut avoir des avis divergents et en débattre en toute sérénité, dans le respect de l’autre. Ce qui est loin d’être une évidence sur la Toile.

      Il ne s’agit effectivement que de mon propre ressenti. Je n’ai pas la prétention d’être dans le « vrai ». Au contraire, constater que je suis passé à côté du propos de l'auteur (dont vous semblez connaître intimement les intentions) et que je suis le seul à n’y avoir rien compris me pose question.

      Vous m’assurez que ce roman est le témoignage d'une expérience personnelle et que l’auteur ne prétend pas s'ériger en porte-parole de la classe ouvrière. Ce n’est pas ainsi que je l’ai reçu et c’est là que nos ressentis divergent.
      Plutôt qu’une lecture politique, je reconnais que j’ai eu une lecture sociale de ce témoignage. Mais ce n’est pas certainement pas à travers ce spectre que j’ai entamé ma lecture et c’est encore moins un désir de ma part d’en faire une tribune politique. Ce sont simplement des passages du récit, ici et là qui, ajoutés les uns aux autres, ont détourné mon regard de sa seule dimension personnelle, pour finalement l’occulter.

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  17. Je fais partie de ces lecteurs (même si je suis une lectrice) qui ont encensé "A la ligne". Ce fut un "coup de foudre". Et pourtant, Dieu sait que ce n'était pas gagné - au niveau de la forme - avec moi qui ne supporte pas le manque de ponctuation nécessaire à la respiration d'un texte, qui ne peux entendre ni voir des mots grossiers, voire orduriers. Et malgré ça... j'ai été bluffée... Sur le fond, il est vrai que je me suis laissée emporter. Je n'ai ressenti à aucun moment de condescendance de la part de l'auteur et j'avoue qu'en qualité de mère, les passages relatifs à la sienne m'ont émue au plus haut point. Bref, je ne changerais aujourd'hui aucun mot de ma chronique (https://memo-emoi.fr). Cela étant, j'admire au plus haut point votre chronique, fort bien écrite et argumentée. Il en fallait du courage pour nager ainsi à contre courant. Alors, rien que pour ça, un grand bravo.

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    1. Merci d’avoir partagé ici sans animosité votre expérience de lectrice.
      Je ne saurais vous dire combien votre message m’a réconforté après l’assaut soudain de visiteurs anonymes vers ma page (plus de 500 en l’espace de 2 heures ! Un record que je ne m’explique toujours pas autrement que par une bronca organisée par les groupies du fan club Ponthus) et des commentaires déposés pas toujours urbains...

      Votre passage ici aura en plus eu le mérite de me faire découvrir votre blog que je suis allé visiter, pour lire votre chronique sur ce livre... ainsi que le compte rendu de votre rencontre avec l’auteur (qui m'a semblé bien plus sympathique que celui que j'ai vu à La Grande Librairie).
      Là où vous voyez du courage de ma part, il n'y a qu'un réel désir d'honnêteté. Dans ce blog, j'ai choisi de recenser toutes mes lectures, qu'elles m'aient plu ou non. Il n'y avait pas de raison que j'occulte celle-là qui m'a été exceptionnellement pénible.

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    2. Ravie de cette réponse. Notre rencontre avec Joseph Ponthus à Montpellier fut très agréable. Je l'ai revu le lendemain, juste avant qu'il ne prenne son train pour aller à Nîmes et nous avons bu un verre de blanc tout en discutant à la fois de son bouquin, mais aussi de nos lectures respectives. Il pourrait être mon fils et nous avons parlé de Proust dont j'ai lu presque la totalité de loeuvre lorsque j'étais jeune et que lui venait juste d'entamer. Cela étant, il est possible que petit à petit il change. J'ai connu ainsi des auteurs adorables juste au moment de la sortie de leur premier roman qui devenaient très vite imbuvables. J'essaie moi aussi d'être honnête sans pour autant casser les auteurs et c'est en ça qe j'ai aprécié votre chronique.

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    3. Merci encore.
      Un détail : votre identifiant Blogger renvoie vers votre ancienne adresse blog, ce qui est très dommage quand on prend la peine de chercher le lien actif. Peut-être pourriez-vous modifier le lien dans vos paramètres (ou poster un billet avec votre nouvelle adresse sur votre ancien blog Blogger)...

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  18. Et bien le voilà rhabillé pour l'hiver :-)
    Mais ton propos est très bien argumenté et convaincant. Il ne peut pas t'en vouloir s'il tombe sur ton billet. Bravo pour cet avis à contre courant.
    Cela m'était arrivé avec Chanson douce de Slimani. Je n'avais pas eu la même lecture que les autres...
    Je ne te dirai pas que tu m'as donné envie de découvrir ce roman. Quoi que...

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    1. J’ai plutôt bien aimé Chanson douce, même si j’ai trouvé un peu excessif tout le battage autour de ce livre.
      Pour ce qui est de te donner envie de t'installer à ton tour A la ligne, ce ne serait pas la première fois que la déception des uns ferait le bonheur des autres. Plus d’une fois, certains éléments qui avaient déplu à un(e) lecteur(trice) ont été ceux-là même qui m’ont poussé vers le roman en question. ;D

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  19. Monsieur, Joseph Ponthus a transformé une expérience personnelle en une pensée universelle qui touche chaque être quant à sa situation. Quelle différence y aurait-il eu s'il avait passé sa vie en usine Vous semblez lui reprocher sa légitimité à écrire sur ce sujet? Cela n'enlève en rien à cette universalité dont il nous fait part. C'est ainsi que que l'on fait la différence entre un artiste et un écrivaillon.

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    1. Cher/Chère anonyme, ce n’est pas légitimité à écrire sur le sujet que reprocherait à l’auteur mais bel et bien celle de parler au nom d’un groupe auquel il n’appartient pas (un peu l’équivalent littéraire d’une « appropriation culturelle », si vous préférez). Et contrairement à vous, j’aurais de loin préféré qu’il s’en tienne à son expérience personnelle.

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  20. Et bien moi, ce que je trouve enthousiasmant dans les blogs, c'est justement de voir des avis différents et c'est très intéressant de lire ton ressenti . Et ça me fait aussi penser que je n'ai pas écrit de critique sur ce livre lu il y a quelques mois. Pas de coup de coeur mais c'est un livre qui m'a marqué.

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    1. On partage au moins le même sentiment sur l'intérêt d'un blog et l'utilité de lire des avis et ressentis contraires au sien.
      L'ouverture d'esprit passe aussi par la confrontation de ses idées à la lumière d'opinions contraires exprimées. Mais ça, là encore, n'est que mon propre avis ;)

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  21. Je ne l'ai pas lu en fait, c'est Framboise qui a mis ses mots sur ce roman sur mon blog. Et pour tout te dire ce roman ne m'a jamais attirée, jamais. La forme, le fond... j'ai tout de suite senti qu'il n'était pas pour moi. J'attendrai peut-être sa sortie poche pour le découvrir, par curiosité, histoire de ne pas mourir idiote ;-)

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    1. Honnêtement, ce n'est pas ça qui va faire remonter ton QI de plusieurs degrés ;) Mais, c'est tout de même un coup de cœur de ton indéfectible binôme, alors il faut se tenir informé(e), hein ; )

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  22. Voilà un billet (excellent) qui génère le débat. Très intéressant de lire tous ces commentaires. Je l'avais vu aussi à LGL, et quelque chose m'avait gênée chez l'auteur. Peut-être ce côté satisfait que tu évoques. Je l'avais quand même noté, puis allègrement oublié, comme quoi.

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    1. Je ne sais pas si ce que j'ai écrit génère le débat, mais de toute évidence, ça a mis quelques personnes bien en colère !
      Au-delà de ce que j'ai déjà dit, je ne pense pas que ce livre soit incontournable, donc si tu ne t'y penses que dans très longtemps, tu ne t'en porteras pas plus mal.
      En revanche, je sais que je lirai avec intérêt son prochain livre. J'aimerais beaucoup qu'il me fasse changer d'avis.

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  23. Pour une fois je ne suis pas d'accord avec toi mais je trouve ton argumentaire structuré et particulièrement solide. Après, si tu veux lire un ouvrier/prolétaire écrivain et non un écrivain qui "joue" à l'ouvrier,je ne peux que te conseiller les ouvrages de Robert Piccamiglio ou l’incontournable "travaux" de Navel.

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    1. Oh, pour avoir lu ton billet au moment de la sortie du roman, je me doutais bien que tu ne serais pas d'accord avec moi. Pour tout te dire, je pensais que si tu n'avais pas encore déposé quelques mots ici, c'est que tu devais m'en vouloir à mort et que tu préférais encore te taire que de venir exprimer ici ton profond désaccord !!
      J'avais déjà noté les références que tu citais dans ton billet. J'y rajoute Navel.

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