Mary Ventura et le Neuvième Royaume, Sylvia Plath



La publication récente à La Table Ronde, dans sa collection La Nonpareille, de Mary Ventura et le Neuvième Royaume, nouvelle inédite de Sylvia Plath a été l’occasion de concrétiser un de mes nombreux projets, en l’occurrence ici, découvrir (enfin !) ce monument de la littérature américaine.

Retrouvée dans les archives personnelles de l’auteur, cette nouvelle est un texte de jeunesse datant de 1952, alors que Plath était encore étudiante au Smith College.
Ce qu’elle-même décrivait comme un « vague conte symbolique » décrit le voyage en train d’une jeune fille de modeste extraction, Mary Ventura qui, poussée au départ par ses parents, se retrouve dans ce wagon sans vraiment le vouloir, mais surtout sans idée bien précise de là où elle se rend, ses parents ne s’étant pas étendus sur le sujet, trop préoccupés à ce qu’elle ne rate pas son train.
Au cours du trajet, elle sympathise avec une autre passagère. Délaissant un moment son tricot, la vieille dame lui apprend que le train sera direct, sans arrêt jusqu’à son terminus : le Neuvième Royaume.

Anesthésiée par le confort du train et les ginger-ale dégustés au wagon restaurant, Mary finit par s’accommoder de son sort. Mais au fur et à mesure du voyage, l’atmosphère dans le wagon se fait de plus en plus inquiétante, certains passagers commencent à s'agiter puis semblent se résigner à ce qui les attend. Prise de panique, Mary envisage de sauter du train avant le terme de ce voyage sans retour…

— [...] Mais cette femme. Elle avait l’air atrocement effrayée.
— Oui, les voyageurs ont parfois cette réaction. Frousse de dernière minute, vous comprenez. La prise de conscience s’opère à retardement, et ils regrettent d’avoir acheté le billet. Mais le regret ne sert à rien. Ils auraient dû réfléchir avant.
— N’empêche, je ne vois pas pourquoi elle n’aurait pas pu changer d’avis et rester dans le train. Elle aurait pu payer le complément à la fin.
— La compagnie ne l’autorise pas sur ce trajet, expliqua la femme. Ça perturberait tout. »
Mary soupira : « Enfin, au moins les autres passagers ont l’air plutôt contents.
— Oui, n’est-ce pas ? C’est bien ça qui est horrible. (pp. 16-17*)


Comme chaque fois (ou presque) qu’on me promet du lourd, je m’attends de l’extra-ordinaire.
Si j’ai apprécié à la fois le style, le sujet et la tension dramatique de Mary Ventura et le Neuvième Royaume, je n’y ai rien trouvé d’aussi remarquable qu’escompté. C’est du bon, voire du très bon si on considère la précocité de son auteur, mais j’ai déjà lu maintes fois aussi bien. Ce qui explique ma déception toute relative, une fois lu le dernier mot de cette nouvelle.

D’autant que la chute, lentement amenée, ne m’a pas étonné, même si Plath s’arrange pour laisser libre cours à l’imagination du lecteur : les interprétations de la symbolique de son histoire sont multiples et dépendront de la personnalité de chacun.
Personnellement, si j’y ai d’abord vu le départ d’une jeune fille vers la grande aventure de sa vie de jeune femme, j’ai fini par y voir le chemin inéluctable vers la mort et l’entreprise désespérée d’une jeune fille à ne pas s’y résigner.

Rencontre en demi-teinte, donc, avec cette pointure des lettres américaines ; une lecture pourtant agréable, gâchée par de trop grosses attentes, mais qui ne m’empêchera pas pour autant de relire Sylvia Plath à l’occasion.

*    *   *   *   *   *
« Une quarantaine de pages qui font battre le cœur, tout inédit de Plath  étant bien sûr une bonne nouvelle, superbement illustré par Cheeri et traduit par Anouk Neuhoff. Un petit plaisir à s'offrir de toute urgence ! »   Cathulu

Sylvia Plath - Mary Ventura et le Neuvième Royaume (La Table Ronde, 2019)
[Mary Ventura and the Ninth Kingdom] Traduction de l'anglais (États-Unis) : Anouk Neuhoff

Commentaires

  1. J'étais certaine d'avoir déjà cette auteure et en consultant sa bibliographie, je m'aperçois que non.. Parfois on attend trop d'un auteur ou d'un roman que tout le monde présente comme incontournable. Ca m'arrive bien souvent, bien trop... Surtout quand ils sont considérés comme des "classiques".

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    1. C'est une fâcheuse tendance que j'ai et qui bien trop souvent gâche certaines lectures qui autrement seraient bien plus satisfaisantes. C'est vraiment dommage car cette courte nouvelle est intéressante... mais pas au point que je l'imaginais.

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  2. À te lire, je sentais monter la tension. Je voulais savoir où menait ce train... Puis, j'ai déchanté avec tes derniers mots. Je me contenterai de "La Cloche de détresse", dont je garde un appréciable souvenir!

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    1. Je pense que j'aurais mieux fait de commencer par La cloche de détresse, j'aurais certainement mieux apprécié cette nouvelle à sa juste valeur, car elle est loin d'être mauvaise.

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  3. Je n'avais pas vu passer ce livre. Et je crois que je vais m'en passer... J'ai aimé tout ce que j'ai lu de S.Plath, sans que ce soit son roman La cloche de détresse mon favori. Je te recommande ses nouvelles ( tu peux tenter avec un p'tit folio 2 euros ). Quant à sa poésie, vraiment, d'une grande beauté.

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    1. Si tu as aimé tout ce que tu as lu de S. Plath, je suis certain que tu apprécierais cette nouvelle tout autant. Ma prochaine étape dans la découverte de son oeuvre sera d'abord son roman, puis ses nouvelles plus tard. Pour ce qui est de la poésie, ce n'est généralement pas trop mon fort...

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  4. je ne crois rien avoir lu d'elle, à tenter peut-être...

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    1. Si, contrairement à moi, tu ne t'attends pas à l'exceptionnel, mais à une agréable lecture, tu ne seras pas déçue.

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  5. j'ai deux oeuvres chez moi - je pense commencer avec ses nouvelles, en évitant celle-ci ! je l'avais repéré mais je sens que je peux passer mon chemin. Pour ta déception, je la comprends mais il ne faut pas résumer toute l'oeuvre d'un auteur à notre première lecture ;-)

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    1. En toute honnêteté celle-ci n'est pas à éviter à tout prix. Je ne l'ai peut-être pas exprimé suffisamment clairement. C'est juste qu'après tout ce que j'avais lu au sujet de S. Plath, j'avais de trop grandes espérances. Mais ce n'est pas pour autant que je vais m'arrêter là avec elle ;)

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  6. Une première rencontre en demi-teinte qui devrait néanmoins en appeler d'autres, c'est le principal.

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    1. Tu as raison, c'est toujours mieux que rien. Tu as vu le verre à demi-plein ;)

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