La passe dangereuse, Somerset Maugham



Si Sister ne me m'avait pas offert pour mon anniversaire La Passe dangereuse avec d'autres bouquins (elle avait vu et beaucoup aimé le remake des années 2000 avec Naomi Watts et Edward Norton), il est fort probable que je n'aurais pas lu Somerset Maugham de sitôt.
Un coup d’œil sur la page de garde m’a appris qu’il s’agissait du fameux Painted Veil qui, en plus d’être un de ses romans les plus célèbres, reste pour moi à jamais lié au film de 1934 que j’ai vu à la télé un soir de mon adolescence, lors d’un cycle Garbo dans le cadre du ciné-club de Patrick Brion.


La Passe dangereuse, c’est avant tout le parcours jusqu'à l'âge de raison de Kitty Garstin, jeune femme frivole mais ambitieuse de la toute petite bourgeoise londonienne du début du XXe siècle.
Préférant profiter des plaisirs de la vie, à force de repousser les avances des prétendants qui se déclarent à elle, elle se retrouve toujours célibataire à bientôt la trentaine. Une excentricité pour l’époque dont elle se serait bien encore accommodée si sa sœur cadette n’avait menacé de lui voler la vedette en convolant avant elle. 
Afin de lui couper l'herbe sous le pied, Kitty se résout donc à faire un mariage de raison avec Walter Fane, bactériologiste épris d’elle.

Mais contrairement à ce qu’elle avait prévu, Walter demande à Kitty de quitter Londres et de l’accompagner à Hong Kong où il est en poste. Ce à quoi elle consent à contrecœur.
Peu de temps après son arrivée, Kitty rencontre l’adjoint du secrétaire colonial, le charmeur et tombeur Charles Townsend. Bien que tous deux mariés, Kitty et Townsend vont entretenir une liaison suivie.

Walter finit par découvrir l’infidélité de sa femme. Et si dans un premier temps, il agit comme si de rien n’était, son comportement envers Kitty se fait plus froid et menaçant. Jusqu’au jour où il lui pose un ultimatum : choisir entre risquer la mort ou le déshonneur. Soit elle l’accompagne dans une région de Chine ravagée par une épidémie de choléra, avec les risques de contagion que cela représente, soit il demande le divorce, signe d’infamie dans leur milieu social.
Alors que Kitty s’imaginait que son amant profiterait de l’occasion pour quitter sa femme et s'installer avec elle, Charles Townsend se révèle à ses yeux dans toute sa lâcheté. Désespérée et blessée dans son orgueil, Kitty suit son époux la mort dans l’âme.

Contre toute attente, ce séjour en zone infestée va transformer Kitty et bouleverser son existence.


Dans ce roman qui aurait pu s’appeler L’amour au temps du choléra, j’ai découvert un Maugham fin observateur des relations humaines et des affres de l’âme, critique attentif de la société de son époque. Tout ça avec une plume élégante qui m’a rappelé celle de Sagan mais sans son acidité.
Cette absence de mordant est sans doute à l’origine du petit coup de mou que j’ai ressenti à un moment donné du roman, quand Kitty se porte bénévole à l’orphelinat, passage qui tient plus de la romance/du mélo que de la satire ou de l’étude de mœurs.
Malgré cette réserve, cette lecture s’est avérée être une belle découverte et je tenterai sans doute à nouveau l'aventure avec un autre des titres de Maugham.

La Passe dangereuse - Extraits

Somerset Maugham - La Passe dangereuse (10/18, 2007) [1925]
The Painted Veil - Traduction de l’anglais (Royaume-Uni) : Mme Émile-R. Blanchet

Commentaires

  1. Un auteur que je n'ai encore jamais lu...

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    1. Moi non plus, jusqu'à ce que ma sœur m'offre celui-là. Et j'ai vraiment apprécié. Contrairement à ce que j'ai craint en voyant ce livre dans la pile qu'elle m'a offerte, le style n'est pas poussiéreux comme il l'est parfois dans les romans de cette époque.

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  2. J'ai vu le film d'abord (le voile des illusions) avec Edward Norton et Naomi Watts et je l'ai lu ensuite. J'ai aimé les deux. Dans ma lointaine jeunesse j'ai lu plusieurs Somerset Maugham, j'aimais bien.

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    1. En toute franchise, je ne me souviens plus du tout du film avec Garbo dont il ne me reste que quelques images fugaces. Mais comme je ne suis pas trop fan ni de N. Watts, ni d'E. Norton, je ne pense pas regarder un jour cette dernière version.
      En revanche, il est fort probable que je me lance à nouveau dans un S. Maugham un des ces jours. (Tu me fais bien rigoler avec ta "lointaine" jeunesse 🤭)

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  3. Ah j'ai retrouvé mon billet et figure toi que je cite le même passage que toi (mais quel passage!!!) http://enlisantenvoyageant.blogspot.com/2008/10/la-passe-dangereuse.html
    De Maugham j'ai lu pas mal il y a heu longtemps, c'est varié, et tu peux tenter ses nouvelles (pas pour dames, n'en déplaise à Souchon ^_^)

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    1. Tu as bien fait de signaler ton billet qui a échappé à mon radar (en parcourant les commentaires, j'ai retrouvé pas mal de pseudos de l'époque que j'ai perdu de vue depuis !)
      Je vais suivre ton conseil et celui de Kathel pour poursuivre mon exploration de l'oeuvre de cet auteur.

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  4. Ha ha comme Keisha, j'avais l'air de Souchon entre les oreilles en te lisant ! Mais contrairement à mes comparses, je n'ai pratiquement jamais lu cet auteur, mis à part un recueil de nouvelles (Les trois grosses dames d'Antibes) pour lequel j'ai aimé les portraits tracés avec quelque ironie...

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    1. Ça devient quasi automatique, désormais de faire le lien Somerset Maugham/Souchon. J'imagine qu'il a beaucoup contribué à la (re)découverte de cet auteur en France au début des années 1990 (et pour la peine on lui pardonnera de prononcer le nom de l'auteur "à la française" pour sa rime).
      Je note le titre du recueil de nouvelles que tu as lu, je pense que ça devrait me plaire !

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  5. Jamais lu Maugham mais ta référence à sa Sagan et petit coup de mou en cours de lecture ne m'incitent pas à me pencher sur son cas.

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    1. Franchement, ce n'est pas le genre de roman que je t'aurais recommandé ! 😆 😆 😆

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  6. je l'ai lu après avoir adoré le voile des illusions de John Curran, vu par hasard à la télé (celui avec Norton) et franchement ça m'avait beaucoup beaucoup plus... une très belle écriture et un oeil acéré...

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    1. C'est ce regard acerbe posé sur la société qui fait toute la saveur de ce texte.

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  7. Je veux le lire celui-là. Je garde un bon souvenir de ce que j'ai lu de l'auteur alors j'y reviendrai. Peut-être pas maintenant... mais un jour.

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    1. C'est ce qu'il y a de bien avec les "valeurs sûres", c'est qu'elles restent indémodables et qu'on peut y revenir à tout moment.

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  8. J'ai ajouté ce livre à ma PAL en prévision d'un voyage à Hong Kong en novembre passé, voyage qui été annulé pour cause d'émeutes. J'espère pouvoir y aller un jour, mais ce ne serait pas plus mal que je le lise avant (je n'ai jamais rien lu de Maugham).

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  9. Même si mon passage à Hong Kong commence déjà à dater maintenant, je reste persuadé que la lecture de ce roman ne te sera en rien utile pour préparer une prochaine visite là-bas.
    Non seulement Times are changin', mais en plus HK ne sert que de toile de fond exotique à l'histoire qui pourrait tout aussi bien se passer au fin fond de l'Afrique ou de l'Australie. Pour autant, j'espère que ça ne te dissuadera pas de découvrir cette oeuvre 🤨

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  10. Un auteur qu'il me reste à découvrir

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    1. Même si je n'aime pas trop l'inattendu, les lectures "cadeau surprise" permettent au moins des découvertes que je n'aurais pas faites autrement... ou tout du moins pas tout de suite.

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  11. J'ai l'impression que j'ai un problème avec Blogspot en ce moment, mes commentaires ne passent pas... Je garde une très forte impression de ce livre. Le personnage de Kitty en particulier est bien plus intéressant que dans l'adaptation avec Naomi Watts (que j'ai appréciée malgré tout).

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    1. Tu n'es pas la première à me faire part de problèmes pour commenter. Le drame, c'est que je ne sais pas s'il est possible d'y remédier ou non...
      Pour ce qui est de l'adaptation de ce roman au cinéma, j'imagine très bien que la tentation doit être grande de faire de Kitty un personnage simpliste, voire caricatural. C'est dommage car c'est justement sa complexité et son parcours intime qui font tout l'intérêt de ce personnage dans le roman. D'insupportable tête à claques au début, elle devient vraiment attachante au fur et à mesure que son expérience la fait mûrir.

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  12. Kitty est attachante dans le film, mais parce qu'il atténue ses faiblesses. Dans le livre, elle est attachante parce que très humaine et imparfaite.

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    1. Je jetterai peut-être un œil au film si jamais j'ai l'occasion un jour...

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  13. Ah zut, je viens de vérifier, j'ai un recueil de nouvelles mais pas de romans... Mais, quand même, pour le Mois anglais et pour le challenge Classiques, les nouvelles sont parfaites !

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    1. Keisha et Kathel m'ont recommandé ses nouvelles, donc je pense que tu es bien parée pour le Mois anglais 😉

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    2. C’est un très grand nouvelliste aussi et surtout!!

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    3. C'est ce que j'ai cru comprendre, en effet.

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