Frédérique Deghelt - Agatha (Plon, 2017)



Et de 3 !
Après Brigitte Kernel et le duo François Rivière/Nicolas Perge, c'est au tour de Frédérique Deghelt d'imaginer ce qui aurait bien pu se passer lors des fameux dix jours de 1926 pendant lesquels Agatha Christie a totalement disparu de la circulation, mettant toute l’Angleterre et les polices du pays en émoi.
Laissant place à toutes les interprétations possibles, le silence observé par la Reine du Crime herself sur cet épisode de sa vie est du pain béni pour les auteurs. Le bilan final est peu probant en ce qui me concerne : dans Agatha Christie, le chapitre disparu, Agatha Christie est une nunuche passive et agaçante qui ne colle pas avec l’image que je me suis forgée d’elle, tandis que dans Agatha es-tu là ?, Arthur Conan Doyle se lance sur les traces de la disparue dans une histoire trop légère à mon goût. C’est dire si j’appréhendais un peu cette nouvelle interprétation... tout en espérant qu’elle me plaise (enfin !).

Autant annoncer la couleur d’emblée : ce « remix » est une réussite.
Plutôt que d'imaginer les aventures d’une célébrité, Frédérique Deghelt dresse le portrait introspectif d’une femme amoureuse, trompée, bafouée et désemparée, qui voit s’effondrer son monde et un foyer qu’elle croyait immuables. Une épouse de l’époque victorienne, entièrement dévouée au bon plaisir de son mari qui voit d’un mauvais œil ce soupçon d’émancipation qu'octroie à sa femme son succès public d'écrivain. Une jeune femme de la bonne société britannique qui ne connait de la vie que ce que lui a transmis son unique point de repère, sa mère récemment décédée.

J’ai passé un bon moment avec cette Agatha, émouvante et volontaire (pas niaise comme chez Kernel) aux actions et réflexions réalistes (pas rocambolesques comme chez Rivière et Perge). J'ai par la même occasion découvert et apprécié la plume de Frédérique Deghelt dont je lis tant de bien depuis des années sur vos blogs.

Extraits


« Agatha est un roman hommage qui témoigne d'une grande affection, d'un intérêt réel de Frédérique Deghelt pour celle que l'on connaît tous sous le surnom de "La reine du crime". » Miss Alfie

Commentaires

  1. Je partage totalement ton avis sur le livre de Brigitte Kernel, du coup celui-ci me tente beaucoup !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Sur Babelio, j'ai lu plusieurs avis négatifs de lecteurs/rices qui reprochaient au roman les jérémiades répétées d'une femme trompée et jalouse. Je n'ai pas eu ce sentiment de répétition (et d'ennui). Effectivement, Agatha est déboussolée mais si à la lecture on la replace dans son contexte historique (Angleterre victorienne) et personnel (la perte récente de sa mère qui a toujours été son ancre), ça prend tout son sens... et son intérêt.
      Si jamais, tu hésitais à te lancer, va lire les quelques extraits que j'ai sélectionnés et qui me semblent représentatifs du roman dans son ensemble.

      Supprimer
  2. De Frédérique Deghelt, j'ai aimé "La vie d'une autre", mais j'ai été un peu déçue par "La grand-mère de Jade" et "Les brumes de l'apparence". J'ai eu l'occasion de rencontrer l'auteur, elle est très sympathique et pleine d'humanité ! Je note celui-ci pour une prochaine lecture.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Sans l'avoir jamais croisée, c'est vrai que l'auteur dégage naturellement les qualités que tu as remarquées lors de ta rencontre. En revanche, que tu n'aies pas trop aimé "La grand-mère de Jade" m'embête, car j'en avais lu beaucoup de bien. Du coup, c'est un des trois titres (avec "Libertango" et "La nonne et le brigand") que j'ai encore dans ma PAL.

      Supprimer
  3. Ah! intéressant! j'hésitais et là, tu me donne vraiment envie! (comme j'aimerai savoir ce qui s'est vraiment passé! ;-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Le fait que l'auteur elle-même n'ait jamais voulu expliquer les motivations/les raisons de son escapade et qu'elle ait emporté ce secret avec elle dans sa tombe ajoute aux fantasmes. Mais peut-être la vérité est-elle d'une banalité toute bête... et hyper décevante.

      Supprimer
  4. Sur cette affaire, j'adore la version de la série "Doctor Who". C'est étonnant que l'on s'interroge autant sur cette histoire, elle avait probablement surtout envie qu'on lui fiche la paix.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je serais curieux de savoir quelle(s) hypothèse(s) a développé "Doctor Who" ;)

      Supprimer
  5. Je fais partie de ceux qui ont trouvé ça longuet, au moins pour la première moitié, alors que j'avais plutôt bien aimé le livre de Kernel, même si le personnage d'Agatha n'était effectivement pas à la hauteur de ce qu'on imagine d'elle.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. On est moins dans l'action que dans l'introspection, chez Deghelt, c'est en cela que j'ai préféré de loin sa version. Alors du coup, oui, c'est moins dynamique que ça peut l'être chez Kernel ou Rivière/Perge. Mais en plus, le portrait qu'elle dessine d'Agatha correspond mieux, à mes yeux, à la femme en devenir qu'elle pouvait être à ce moment-là; même si elle n'était pas encore "l'aventurière" qu'elle allait devenir, elle en portait déjà les germes.

      Supprimer
  6. Pour ma part je nai pas du tout accroché... Trop d' atermoiements et d'états d'âmes...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. ...alors que c'est précisément ce qui m'a plu dans ce roman :-D. Peut-être les deux autres interprétations te plairaient-elles davantage ?

      Supprimer

Enregistrer un commentaire

Si le post auquel vous réagissez a été publié il y a plus de 15 jours, votre commentaire n'apparaîtra pas immédiatement (les commentaires sont modérés pour éviter les spams).