Récap novembre 2017



Gail Honeyman - Eleanor Oliphant va très bien (Fleuve Éditions, 2017)
Drôle de lecture que celle-ci. Il aura donc fallu que mon ami Philippe me recommande ce roman pour que je daigne m’y attarder. Si lui, lecteur pour le moins exigeant, avait passé un bon moment avec cette histoire difficilement classable, entre chick-lit et roman feel-good, why not ?
Les premières dizaines de pages ont été laborieuses : déroulement conventionnel de la narration, style passe-partout, et par ses nombreux côtés autiste,  le personnage d’Eleanor n’arrivait pas évidemment à m’étonner (ni même à m’agacer). Curieusement*, j’ai été beaucoup plus touché par le personnage de Raymond.
Au final, malgré son ventre mou en milieu de parcours, cette histoire d’une jeune femme atypique qui s’ouvre peu à peu au monde en même temps qu’elle se déleste de son passé douloureux est moins bêtasse qu’elle n’y parait et je n’ai pas boudé mon plaisir. 
Je ne serais pas étonné que l’auteur nous gratifie d’une suite dans un futur proche…
* peut-être pas tant que ça finalement en y réfléchissant bien…
Extraits


Armistead Maupin - Logical family, a memoir (HarperCollins, 2017)
Dans cet album de souvenirs, l’auteur des Chroniques de San Francisco se raconte depuis son enfance, en 1944, jusqu’aux premières années de l'épidémie du Sida. Né dans une famille conservatrice d’un Sud ouvertement raciste et homophobe, il va devenir un des plus actifs activistes homosexuels à mesure qu’il va s’émanciper de ses racines pour, au fil de ses rencontres, substituer sa famille biologique par une famille de cœur qu’il s’est choisie dans la communauté gay de San Francisco. En cela, c’est donc un parcours autant personnel que politique qu’il retrace, ponctué de rencontres fortuites avec des figures iconiques telles que Harvey Milk, Rock Hudson ou Christopher Isherwood. Pour autant, Maupin ne se fait jamais mousser et porte sur lui un regard distancié teinté d’autodérision. C’est élégant, bourré d’humour... et trop court à mon goût. Je n'aurais rien contre un second volume.
Extraits 1 & 2
Maupin lit le premier chapitre de ses mémoires ici.


Brigitte Kernel - Agatha Christie, le chapitre disparu (J'ai Lu, 2017)
Qu’un personnage de la stature d’Agatha Christie disparaisse une dizaine de jours sans jamais en expliquer les raisons, ni ce qu’elle a fait pendant que l’Angleterre tout entière était à sa recherche, a de quoi chauffer les imaginations et donner lieu aux hypothèses les plus fantaisistes.
Après Rivière et Perge imaginant Conan Doyle sur les traces de la reine du crime, Brigitte Kernel donne sa version… sans mieux réussir à me convaincre, malheureusement.
Effondrée par les infidélités de son mari, Agatha Christie projette de se suicider en jetant sa voiture dans un lac mais finit, sur les conseils d’une amie, par disparaitre pour faire mariner son mari et lui rendre ainsi la monnaie de sa pièce.
Pourquoi pas ? J’étais prêt à y croire sauf que l’auteur fait d’Agatha Christie une jeune écervelée, désemparée, sans réelle volonté propre, se laissant dicter sa conduite par son amie sans trop comprendre. Bref, aux antipodes de l’image de femme volontaire, au caractère fort, championne de surf, que je peux avoir (peut-être à tort) de la créatrice d’Hercule Poirot. Du coup, j’ai lu l’histoire sans réellement m’y intéresser. Le style sans relief, les dialogues qui sonnent faux et les nombreuses fautes d’orthographe et d’accord n’ont rien fait pour arranger les choses (le pompon : Ah, l’esprit humain, ce cheval fou. Un solide dressage est le socle d’un fonctionnement saint [sic] p.171).
À l’instar d’Où es-tu Agatha, cet Agatha Christie, le chapitre disparu est une sacrée déception. Je dois être maso car j’aurais quand même bien envie de poursuivre l’expérience et de voir si Frédérique Deghelt s’en tire mieux.


Will Wiles - Attention au parquet (Liana Levi, 2014)
Comment ce bouquin a-t-il atterri dans ma PAL où il traine depuis quelques années ? Impossible de m’en souvenir. Pas plus que de son sujet central (il me semblait qu’il y était question d’un enfant). Après lecture, une chose est certaine : il s’agit d’un malentendu !
Un auteur britannique se voit proposer par un ancien camarade d’université originaire d’Europe de l’Est devenu chef d’orchestre dans son pays, d’occuper son appartement en son absence. Un échange de bon procédé : Oskar sera rassuré que son appartement soit à l'abri d'éventuels cambrioleurs et que ses chats ne manqueront de rien pendant son absence, et le narrateur profitera du calme de cette résidence pour avancer sur l’écriture de son roman. Tout semble parfait, si ce n’est qu’Oskar est un control freak, obsédé par l’ordre et la propreté… à l’opposé du narrateur.
On s'en serait douté, la situation va rapidement dégénérer. L’appartement blanc immaculé, d’une sobriété toute monacale, au parquet impeccable, va vite se révéler un piège  à taille humaine pour son nouvel occupant. Si on voit vite venir l’avalanche de catastrophes, pas toujours naturelles, qui va s’abattre sur le narrateur, je ne suis laissé happer par la tension qui va crescendo, cette espèce de malaise qui s’installe et ne fait qu’empirer. En revanche, comme d’habitude, j’ai eu beaucoup de mal avec l’absurde. Malgré quelques bons moments, j’ai vite été douché par l’escalade dans le grotesque, l’enchainement ininterrompu des malheurs du héros, ses déboires avec la femme de ménage qui tournent au Grand-Guignol… J’avais hâte d’en voir le bout.
Extraits


Antoine Dole - Ce qui ne nous tue pas (Actes Sud Junior, 2014)
Quand ses parents décident de divorcer, le monde de Lola s’écroule. Ses résultats scolaires s’en ressentent ; au lycée, son attitude désinvolte et querelleuse lui vaut d’être convoquée avec ses parents qui ne trouvent rien de mieux que de s’en rejeter la faute devant le principal. Désemparée, elle prend le large. Au hasard de sa fugue, elle va croiser le chemin de Colette, une vieille dame solitaire, au comportement pas toujours cohérent, sous la menace d’une expulsion imminente.
Une rencontre inattendue très émouvante entre deux êtres esseulés et déboussolés. L’écriture d’Antoine Dole est très belle.
Extraits


Christophe Honoré - Beautiful Guys (Actes Sud Papiers, 2012)
Étrange pièce de théâtre que celle-ci, offerte gratuitement au téléchargement par Actes Sud. Beautiful Guys est un bordel homosexuel (j’y ai plutôt vu une backroom, mais la nuance est ténue) où se croisent des prostitués, des clients, des nouveaux venus, des habitués. Échanges crus et sans fard sur l’amour ou l’absence d’amour, la vieillesse et la décrépitude des corps…
Extraits


Collectif - L'Iconographe (La Table Ronde, 2017)
50 illustrateurs imaginent la couverture du livre qui a marqué leur vie.
Billet ici.


Norman Mclean - La rivière du sixième jour (Points, 1993)
Un classique. Et avec les classiques, j’ai tendance à placer haut la barre de mes attentes. Du coup,  j’ai été autant touché par la relation des deux frères que j’ai été déçu par le style (et la traduction).
Billet ici.


Wallace Stegner - En lieu sûr (Gallmeister Totem, 2017)
Ici en revanche, j’ai été dès les premières pages complètement emporté par l’écriture de Stegner. L’histoire, l’amitié profonde qui lie deux couples d’universitaires, l’un modeste, l’autre plus privilégié sur une vingtaine d'années, n’a rien d’extraordinaire et pourtant pas à un seul moment je ne me suis ennuyé ; au contraire, j'ai "vécu" cette belle et lumineuse amitié.
J'ai hâte de retrouver le style somptueux de Stegner. L'envers du temps ne devrait pas rester trop longtemps sur mes étagères...
Extraits

Commentaires

  1. Ah, je n'ai lu qu'un Stegner, et ce avec délice. Va falloir que je récidive. ( sinon, j'ai failli être tentée par le B. Kernel ;))

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    1. C'est mon tout premier Stegner aussi. Mais j'ai vraiment bien l'intention de ne pas m'arrêter en si bon chemin d'autant que Gallmeister a racheté les droits et s'est engagé dans un travail de retraduction (le travail d'Eric Chédaille sur ce titre est somptueux).
      Si le Kernel croise ton chemin, tente toujours mais n'en attends pas grand-chose. Perso, il ne m'en restera pas grand-chose.

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    2. Je ne crois que je vais tenter, trop de choix ( et de piles avec du Don Delillo dedans ). Pour le Stegner, c'était en Point Signature " Le goût sucré des pommes sauvages ".

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    3. Don Delillo est de ces "monstres" de la littérature américaine dont je me tiens éloigné de crainte de ne pas être à la hauteur. Un jour, peut-être...

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