Rough animals, Rae DelBianco


C’est dans des moments comme celui-ci que je regrette de ne pas être suffisamment constant pour tenir un planning serré de mes publications. Le roman dont je vais parler aujourd’hui, lu en juin dernier, mérite bien plus qu’une audience estivale moribonde, car c’est un p***ain de bouquin que je n’ai pas pu lâcher, du genre de ceux dont on sait à peine les a-t-on commencés qu’ils vont nous faire vivre une expérience hors du commun et qu’ils vont s’inscrire dans notre mémoire de lecteur.
Comme les personnages, je suis sorti de cette aventure à bout de souffle, vanné, les lèvres crevassées, la gorge desséchée, le sable du désert crissant sous les dents, la peau cloquée par la morsure d’un soleil de plomb et les mains encore poisseuses de sang séché.
Et si l’enfer sur Terre se trouvait dans le désert de l’Utah ?

Alors qu’il subsiste en compagnie de sa jumelle, Lucy, sur le ranch familial légué par leur père, Wyatt surprend une gamine en train d’abattre de nuit des bêtes de son troupeau. Au-delà du manque à gagner que cela représente, la perte des têtes de bétail menace le fragile équilibre financier de l’exploitation. Si la banque venait à saisir leurs biens, quel avenir Wyatt réserverait-il à Lucy ?
Bien décidé à obtenir une compensation matérielle pour ses vaches mortes, Wyatt se met en chasse de la jeune sauvageonne. Sa quête de justice va l’entraîner dans équipée sauvage et sanglante à travers le désert de l'Utah, où il se trouvera mêlé aux affaires sales des cartels de la drogue. Mais aveuglé par son désir de réparation, il n’hésitera pas à mettre sa vie en jeu lors de carnages impitoyables avec les gangs.
La Fille, dont il ignore comment elle s’appelle et d’où elle vient, est-elle une alliée sur qui Wyatt peut compter ou une adversaire de plus dont il doit se méfier ? Comment une gamine d’à peine quatorze ans peut-elle savoir manier si agilement les armes, blanches ou à feu, avoir une connaissance si pointue de l’art de survivre en milieu hostile ? Jusqu’où Wyatt est-il prêt à aller pour récupérer son bien et assurer la protection de sa sœur ?

Si je vous refais le coup de My Absolute Darling, vous risquez de vous méfier (surtout si vous n'avez pas aimé). Et pourtant...  Quel roman que Rough Animals ! Quelle histoire ! Quel style ! Car c’est bel et bien une affaire de style si on arrive à supporter toute cette fureur, toute cette sauvagerie, tout ce sang.
Le pouvoir évocateur de l’écriture de Rae DelBianco est saisissant ; on sent les odeurs (celle, métallique du sang versé), on endure les coups, on entend les plaintes des coyotes affamés à l’affût, on ressent la peur, on souffre de l'atmosphère suffocante et de la touffeur implacable du soleil... Mais le tour de force de l'auteur est qu'elle parvient à insuffler beauté et émotion à chacune de ses phrases, qu’il s’agisse de décrire la magnificence d’une nature environnante inhospitalière ou la violence à l’état brut et sans concession.
Les protagonistes sont tout autant réussis, criants de vérité dans leur humanité, luttant contre l’hostilité ambiante, se livrant un combat moral intérieur entre le bien et le mal, entre leur répulsion à tuer et leur instinct de survie. Même la présence de Lucy, figure quasi-spectrale, est palpable tout au long du roman.

Une lecture éprouvante mais inoubliable pour ce néo-western sombre placé sous la flamme incandescente du soleil de l’Utah, premier roman de Rae DelBianco, une toute jeune (et très séduisante) jeune femme de vingt-cinq ans.
Je parie qu'on en reparlera très bientôt car le Seuil en aurait acheté les droits pour la France.

D'ici là, pour les personnes que l'anglais n'effraie pas, quelques citations, dont ma préférée :
If you died would you take the violence you’ve committed with you or would it remain as a scar upon the earth?

Rae DelBianco - Rough Animals (Arcade, 2018)

Commentaires

  1. Une traduction de toute urgence, svp, éditeurs!

    J'ai détesté "My absolute darling", mais je suis prête à tenter l'aventure avec Rough Animals!

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    1. La traduction est en route, j'imagine... En espérant que cette fois-ci, le mouton noir retrouve le troupeau.

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  2. Je ne suis pas assez bonne lectrice en anglais mais j'avais noté le gabriel Tallent chez toi avant sa traduction il me semble, alors idem, je note ��

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    1. Tiens, dans la série traduction à venir, cette rentrée sort chez Fayard, Comme un seul homme la version française de One of the boys, de Daniel Magariel. Je ne sais pas si tu l'avais noté, mais si ce n'est pas le cas, je te le recommande chaudement.

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  3. Oh bah non, alors !! Tu m'as donné une envie irrépressible de le lire sauf que... comme Laure, mon anglais défaillant va m'obliger à attendre une éventuelle traduction en français !

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    1. Récompensée, ta patience sera, petit padawan , je n'en doute pas ;-)

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  4. C'est ce qu'on appelle être convaincant !
    En attendant que le Seuil traduise ce roman, je vais d'abord me pencher sur My absolute darling qui m'attend sur mes étagères :)

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    1. Chaque chose en son temps, tu as raison. J'espère que la ténacité de Turtle sera te toucher.

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  5. Waouh, c'est del a bombe ! Ton avis et celui de Julia Glass, comment ne pas craquer ? Mais mes deux neurones asséchés par le soleil me murmurent d'attendre la traduction ...

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    1. Waowwwww, que mon avis soit rangé aux côtés de celui de Julia Glass m'honore :)

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  6. Ce n'est pas la vO qui me fait peur (j(ai lu 4321 en VO fingers in the nose) mais le contenu (pour My absolute darling, reste à voir, quand le bouquin sera dispo à la bibli)

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    1. Même pô peur ! :-D Les extraits devraient déjà bien t'aider à te faire un avis sur le contenu.

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  7. Bon, bah, je vais attendre la traduction française... Je ne comprends même pas la citation, c'est désespérant !

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    1. Ce n'est pas grave, tu as de quoi te réjouir : la traduction est en route.
      Pour le moment, il te suffit de bien noter le nom de l'auteur pour qu'il fasse "ding!" dans ta tête quand tu liras un article sur le roman quand il sera publié en France :-D

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